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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

place qu'elle n'en devrait prendre; mais ne m'avez-vous pas dit vous-même que l'horoscope tiré à la
naissance de mon frère Charles le condamnait à mourir jeune?

- Oui, dit Catherine, mais un horoscope peut mentir, mon fils. Moi-même, j'en suis à espérer en ce
moment que tous ces horoscopes ne soient pas vrais.

- Mais enfin, son horoscope ne disait-il pas cela?

- Son horoscope parlait d'un quart de siècle; mais il ne disait pas si c'était pour sa vie ou pour son règne.

- Eh bien, ma mère, faites que je reste. Mon frère a près de vingt-quatre ans: dans un an la question sera
résolue. Catherine réfléchit profondément.

- Oui, certes, dit-elle, cela serait mieux si cela se pouvait ainsi.

- Oh! jugez donc, ma mère, s'écria Henri, quel désespoir pour moi si j'allais avoir troqué la couronne de
France contre celle de Pologne! Être tourmenté là-bas de cette idée que je pouvais régner au Louvre, au

milieu de cette cour élégante et lettrée, près de la meilleure mère du monde, dont les conseils m'eussent

épargné la moitié du travail et des fatigues, qui, habituée à porter avec mon père une partie du fardeau de

l'État, eût bien voulu le porter encore avec moi! Ah! ma mère! j'eusse été un grand roi!

- Là, là, cher enfant, dit Catherine, dont cet avenir avait toujours été aussi la plus douce espérance; là, ne
vous désolez point. N'avez-vous pas songé de votre côté à quelque moyen d'arranger la chose?

- Oh! certes, oui, et c'est surtout pour cela que je suis revenu deux ou trois jours plus tôt qu'on ne
m'attendait, tout en laissant croire à mon frère Charles que c'était pour madame de Condé; puis j'ai été

au-devant de Lasco, le plus important des envoyés, je me suis fait connaître de lui, faisant dans cette

première entrevue tout ce qu'il était possible pour me rendre haïssable, et j'espère y être parvenu.

- Ah! mon cher enfant, dit Catherine, c'est mal. Il faut mettre l'intérêt de la France avant vos petites
répugnances.

- Ma mère, l'intérêt de la France veut-il, en cas de malheur arrivé à mon frère, que ce soit le duc
d'Alençon ou le roi de Navarre qui règne?

- Oh! le roi de Navarre, jamais, jamais, murmura Catherine en laissant l'inquiétude couvrir son front de
ce voile soucieux qui s'y étendait chaque fois que cette question se représentait.

- Ma foi, continua Henri, mon frère d'Alençon ne vaut guère mieux et ne vous aime pas davantage.

- Enfin, reprit Catherine, qu'a dit Lasco?

- Lasco a hésité lui-même quand je l'ai pressé de demander audience. Oh! s'il pouvait écrire en Pologne,
casser cette élection?

- Folie, mon fils, folie... ce qu'une diète a consacré est sacré.

- Mais enfin, ma mère, ne pourrait-on, à ces Polonais, leur faire accepter mon frère à ma place?

- C'est, sinon impossible, du moins difficile, répondit Catherine.

- N'importe! essayez, tentez, parlez au roi, ma mère; rejetez tout sur mon amour pour madame de Condé;

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