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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

- Je le veux. Il faut nous séparer pour nous revoir.

Pendant l'excursion de Marguerite, La Mole avait assuré l'échelle à la barre de la fenêtre, il l'enjamba;
mais avant de poser le pied sur le premier échelon, il baisa tendrement la main de la reine.

- Si cette échelle est un piège et que je meure pour vous, Marguerite, souvenez-vous de votre promesse.

- Ce n'est pas une promesse, La Mole, c'est un serment. Ne craignez rien. Adieu. Et La Mole enhardi se
laissa glisser plutôt qu'il ne descendit par l'échelle. Au même moment on frappa à la porte.

Marguerite suivit des yeux La Mole dans sa périlleuse opération, et ne se retourna qu'au moment où elle
se fut bien assurée que ses pieds avaient touché la terre.

- Madame, disait Gillonne, madame!

- Eh bien? demanda Marguerite.

- Le roi frappe à la porte.

- Ouvrez. Gillonne obéit. Les quatre princes, sans doute impatientés d'attendre, étaient debout sur le seuil.

Charles entra.

Marguerite vint au-devant de son frère, le sourire sur les lèvres. Le roi jeta un regard rapide autour de lui.

- Que cherchez-vous, mon frère? demanda Marguerite.

- Mais, dit Charles, je cherche... je cherche... eh! corne de boeuf! je cherche M. de La Mole.

- M. de La Mole!

- Oui; où est-il?Marguerite prit son frère par la main et le conduisit à la fenêtre. En ce moment même
deux hommes s'éloignaient au grand galop de leurs chevaux, gagnant la tour de bois; l'un d'eux détacha

son écharpe, et fit en signe d'adieu voltiger le blanc satin dans la nuit: ces deux hommes étaient La Mole

et Orthon. Marguerite montra du doigt les deux hommes à Charles.

- Eh bien, demanda le roi, que veut dire cela?

- Cela veut dire, répondit Marguerite, que M. le duc d'Alençon peut remettre son cordon dans sa poche et
MM. d'Anjou et de Guise leur épée dans le fourreau, attendu que M. de La Mole ne repassera pas cette

nuit par le corridor.

IX. Les Atrides

Depuis son retour à Paris, Henri d'Anjou n'avait pas encore revu librement sa mère Catherine, dont,
comme chacun sait, il était le fils bien-aimé.

C'était pour lui non pas la vaine satisfaction de l'étiquette, non plus un cérémonial pénible à remplir, mais
l'accomplissement d'un devoir bien doux pour ce fils qui, s'il n'aimait pas sa mère, était sûr du moins

d'être tendrement aimé par elle.

En effet, Catherine préférait réellement ce fils, soit pour sa bravoure, soit plutôt pour sa beauté, car il y
avait, outre la mère, de la femme dans Catherine, soit enfin parce que, suivant quelques chroniques

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