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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2
- Toi, Margot! dit-il; et où vas-tu à cette heure?
- À cette heure! dit Marguerite; est-il donc si tard?
- Je te demande où tu vas.
- Chercher un livre des discours de Cicéron, que je pense avoir laissé chez notre mère.
- Ainsi, sans lumière?
- Je croyais le corridor éclairé.
- Et tu viens de chez toi?
- Oui.
- Que fais-tu donc ce soir?
- Je prépare ma harangue aux envoyés polonais. N'y a-t-il pas conseil demain, et n'est-il pas convenu que chacun soumettra sa harangue à Votre Majesté?
- Et n'as-tu pas quelqu'un qui t'aide dans ce travail? Marguerite rassembla toutes ses forces.
- Oui, mon frère, dit-elle, M. de La Mole; il est très savant.
- Si savant, dit le duc d'Alençon, que je l'avais prié, quand il aurait fini avec vous, ma soeur, de me venir trouver pour me donner des conseils, à moi qui ne suis pas de votre force.
- Et vous l'attendiez? dit Marguerite du ton le plus naturel.
- Oui, dit d'Alençon avec impatience.
- En ce cas, fit Marguerite, je vais vous l'envoyer, mon frère, car nous avons fini.
- Et votre livre? dit Charles.
- Je le ferai prendre par Gillonne. Les deux frères échangèrent un signe.
- Allez, dit Charles; et nous, continuons notre ronde.
- Votre ronde! dit Marguerite; que cherchez-vous donc?
- Le petit homme rouge, dit Charles. Ne savez-vous pas qu'il y a un petit homme rouge qui revient au vieux Louvre? Mon frère d'Alençon prétend l'avoir vu, et nous sommes en quête de lui.
- Bonne chasse, dit Marguerite. Et elle se retira en jetant un regard derrière elle. Elle vit alors sur la muraille du corridor les quatre ombres réunies et qui semblaient conférer. En une seconde elle fut à la porte de son appartement.
- Ouvre, Gillonne, dit-elle, ouvre. Gillonne obéit. Marguerite s'élança dans l'appartement, et trouva La Mole qui l'attendait, calme et résolu, mais l'épée à la main.
- Fuyez, dit-elle, fuyez sans perdre une seconde. Ils vous attendent dans le corridor pour vous assassiner.
- Vous l'ordonnez? dit La Mole.
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