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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

- Et si c'était un piège, au contraire? dit La Mole; si cette échelle devait se briser sous mes pieds!
madame, n'avez-vous point avoué aujourd'hui votre affection pour moi?

Marguerite, à qui la joie avait rendu ses couleurs, redevint d'une pâleur mortelle.

- Vous avez raison, dit-elle, c'est possible. Et elle s'élança vers la porte.

- Qu'allez-vous faire? s'écria La Mole.

- M'assurer par moi-même s'il est vrai qu'on vous attende dans le corridor.

- Jamais, jamais! Pour que leur colère tombe sur vous!

- Que voulez-vous qu'on fasse à une fille de France? femme et princesse du sang, je suis deux fois
inviolable.

La reine dit ces paroles avec une telle dignité qu'en effet La Mole comprit qu'elle ne risquait rien, et qu'il
devait la laisser agir comme elle l'entendrait.

Marguerite mit La Mole sous la garde de Gillonne en laissant à sa sagacité, selon ce qui se passerait, de
fuir, ou d'attendre son retour, et elle s'avança dans le corridor qui, par un embranchement, conduisait à la

bibliothèque ainsi qu'à plusieurs salons de réception, et qui en le suivant dans toute sa longueur

aboutissait aux appartements du roi, de la reine mère, et à ce petit escalier dérobé par lequel on montait

chez le duc d'Alençon et chez Henri. Quoiqu'il fût à peine neuf heures du soir, toutes les lumières étaient

éteintes, et le corridor, à part une légère lueur qui venait de l'embranchement, était dans la plus parfaite

obscurité. La reine de Navarre s'avança d'un pas ferme; mais lorsqu'elle fut au tiers du corridor à peine,

elle entendit comme un chuchotement de voix basses auxquelles le soin qu'on prenait de les éteindre

donnait un accent mystérieux et effrayant. Mais presque aussitôt le bruit cessa comme si un ordre

supérieur l'eût éteint, et tout rentra dans l'obscurité; car cette lueur, si faible qu'elle fût, parut diminuer

encore.

Marguerite continua son chemin, marchant droit au danger qui, s'il existait, l'attendait là. Elle était calme
en apparence, quoique ses mains crispées indiquassent une violente tension nerveuse. À mesure qu'elle

s'approchait, ce silence sinistre redoublait, et une ombre pareille à celle d'une main obscurcissait la

tremblante et incertaine lueur.

Tout à coup, arrivée à l'embranchement du corridor, un homme fit deux pas en avant, démasqua un
bougeoir de vermeil dont il s'éclairait en s'écriant:

- Le voilà! Marguerite se trouva face à face avec son frère Charles. Derrière lui se tenait debout, un
cordon de soie à la main, le duc d'Alençon. Au fond, dans l'obscurité, deux ombres apparaissaient debout,

l'une à côté de l'autre, ne reflétant d'autre lumière que celle que renvoyait l'épée nue qu'ils tenaient à la

main.

Marguerite embrassa tout le tableau d'un coup d'oeil. Elle fit un effort suprême, et répondit en souriant à
Charles:

- Vous voulez dire: La voilà, Sire!

Charles recula d'un pas. Tous les autres demeurèrent immobiles.

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