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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

- Nous allons, répondit Charles, voir si le duc d'Anjou est revenu pour madame de Condé seule, et s'il y a
dans ce coeur-là autant d'ambition que d'amour, ce dont je doute fort.

Henri ne comprenait rien à l'explication: il suivit Charles sans rien dire.

En arrivant au Marais, et comme à l'abri des palissades on découvrait tout ce qu'on appelait alors les
faubourgs Saint- Laurent, Charles montra à Henri, à travers la brume grisâtre du matin, des hommes

enveloppés de grands manteaux et coiffés de bonnets de fourrures qui s'avançaient à cheval, précédant un

fourgon pesamment chargé. À mesure qu'ils avançaient, ces hommes prenaient une forme précise, et l'on

pouvait voir, à cheval comme eux et causant avec eux, un autre homme vêtu d'un long manteau brun et le

front ombragé d'un chapeau à la française.

- Ah! ah! dit Charles en souriant, je m'en doutais.

- Eh! Sire, dit Henri, je ne me trompe pas, ce cavalier au manteau brun, c'est le duc d'Anjou.

- Lui-même, dit Charles IX. Range-toi un peu, Henriot, je désire qu'il ne nous voie pas.

- Mais, demanda Henri, les hommes aux manteaux grisâtres et aux bonnets fourrés quels sont-ils? et dans
ce chariot qu'y a-t-il?

- Ces hommes, dit Charles, ce sont les ambassadeurs polonais, et dans ce chariot il y a une couronne. Et
maintenant, continua-t-il en mettant son cheval au galop et en reprenant le chemin de la porte du Temple,

viens, Henriot, j'ai vu tout ce que je voulais voir.

VI. La rentrée au Louvre

Lorsque Catherine pensa que tout était fini dans la chambre du roi de Navarre, que les gardes morts
étaient enlevés, que Maurevel était transporté chez lui, que les tapis étaient lavés, elle congédia ses

femmes, car il était minuit à peu près, et elle essaya de dormir. Mais la secousse avait été trop violente et

la déception trop forte. Ce Henri détesté, échappant éternellement à ses embûches d'ordinaire mortelles,

semblait protégé par quelque puissance invincible que Catherine s'obstinait à appeler hasard, quoique au

fond de son coeur une voix lui dît que le véritable nom de cette puissance fût la destinée. Cette idée que

le bruit de cette nouvelle tentative, en se répandant dans le Louvre et hors du Louvre, allait donner à

Henri et aux huguenots une plus grande confiance encore dans l'avenir, l'exaspérait, et en ce moment, si

ce hasard contre lequel elle luttait si malheureusement lui eût livré son ennemi, certes avec le petit

poignard florentin qu'elle portait à sa ceinture elle eût déjoué cette fatalité si favorable au roi de Navarre.

Les heures de la nuit, ces heures si lentes à celui qui attend et qui veille, sonnèrent donc les unes après les
autres sans que Catherine pût fermer l'oeil. Tout un monde de projets nouveaux se déroula pendant ces

heures nocturnes dans son esprit plein de visions. Enfin au point du jour elle se leva, s'habilla toute seule

et s'achemina vers l'appartement de Charles IX.

Les gardes, qui avaient l'habitude de la voir venir chez le roi à toute heure du jour et de la nuit, la
laissèrent passer. Elle traversa donc l'antichambre et atteignit le cabinet des Armes. Mais là, elle trouva la

nourrice de Charles qui veillait.

- Mon fils? dit la reine.

- Madame, il a défendu qu'on entrât dans sa chambre avant huit heures.

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