|
Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2
- Charles! murmura-t-elle en ouvrant les yeux.
- Tu vois, dit le roi, elle m'appelle Charles. La reine dit Sire.
- Oh! s'écria la jeune femme, vous n'êtes pas seul, mon roi.
- Non, ma bonne Marie. J'ai voulu t'amener un autre roi plus heureux que moi, car il n'a pas de couronne; plus malheureux que moi, car il n'a pas une Marie Touchet. Dieu fait une compensation à tout.
- Sire, c'est le roi de Navarre? demanda Marie.
- Lui-même, mon enfant. Approche, Henriot.
Le roi de Navarre s'approcha. Charles lui prit la main droite.
- Regarde cette main, Marie, dit-il; c'est la main d'un bon frère et d'un loyal ami. Sans cette main, vois-tu...
- Eh bien, Sire?
- Eh bien, sans cette main, aujourd'hui, Marie, notre enfant n'aurait plus de père.
Marie jeta un cri, tomba à genoux, saisit la main de Henri et la baisa.
- Bien, Marie, bien, dit Charles.
- Et qu'avez-vous fait pour le remercier, Sire?
- Je lui ai rendu la pareille. Henri regarda Charles avec étonnement.
- Tu sauras un jour ce que je veux dire, Henriot. En attendant, viens voir. Et il s'approcha du lit où l'enfant dormait toujours.
- Eh! dit-il, si ce gros garçon-là dormait au Louvre au lieu de dormir ici, dans cette petite maison de la rue des Barres, cela changerait bien des choses dans le présent et peut-être dans l'avenir[3].
- Sire, dit Marie, n'en déplaise à Votre Majesté, j'aime mieux qu'il dorme ici, il dort mieux.
- Ne troublons donc pas son sommeil, dit le roi; c'est si bon de dormir quand on ne fait pas de rêves!
- Eh bien, Sire, fit Marie en étendant la main vers une des portes qui donnaient dans cette chambre.
- Oui, tu as raison, Marie, dit Charles IX; soupons.
- Mon bien-aimé Charles, dit Marie, vous direz au roi votre frère de m'excuser, n'est-ce pas?
- Et de quoi?
- De ce que j'ai renvoyé nos serviteurs. Sire, continua Marie en s'adressant au roi de Navarre, vous saurez que Charles ne veut être servi que par moi.
- Ventre-saint-gris! dit Henri, je le crois bien.
Les deux hommes passèrent dans la salle à manger, tandis que la mère, inquiète et soigneuse, couvrait d'une chaude étoffe le petit Charles, qui, grâce à son bon sommeil d'enfant que lui enviait son père, ne
|