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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

- Moi-même, ne serai-je pas proscrit, menacé comme lui, plus que lui, même? Car, moi, je suis un
homme, et lui n'est qu'un enfant.

- Tu te trompes, répondit Charles; moi mort, tu seras fort et puissant, et voilà qui te donnera la force et la
puissance. À ces mots, le moribond tira un parchemin de son chevet.

- Tiens, lui dit-il. Henri parcourut la feuille revêtue du sceau royal.

- La régence à moi, Sire! dit-il en pâlissant de joie.

- Oui, la régence à toi, en attendant le retour du duc d'Anjou, et comme, selon toute probabilité, le duc
d'Anjou ne reviendra point, ce n'est pas la régence qui te donne ce papier, c'est le trône.

- Le trône, à moi! murmura Henri.

- Oui, dit Charles, à toi, seul digne et surtout seul capable de gouverner ces galants débauchés, ces filles
perdues qui vivent de sang et de larmes. Mon frère d'Alençon est un traître, il sera traître envers tous,

laisse-le dans le donjon où je l'ai mis. Ma mère voudra te tuer, exile-la. Mon frère d'Anjou, dans trois

mois, dans quatre mois, dans un an peut-être, quittera Varsovie et viendra te disputer la puissance;

réponds à Henri par un bref du pape. J'ai négocié cette affaire par mon ambassadeur, le duc de Nevers, et

tu recevras incessamment le bref.

- Ô mon roi!

- Ne crains qu'une chose, Henri, la guerre civile. Mais en restant converti, tu l'évites, car le parti huguenot
n'a consistance qu'à la condition que tu te mettras à sa tête, et M. de Condé n'est pas de force à lutter

contre toi. La France est un pays de plaine, Henri, par conséquent un pays catholique. Le roi de France

doit être le roi des catholiques et non le roi des huguenots; car le roi de France doit être le roi de la

majorité. On dit que j'ai des remords d'avoir fait la Saint-Barthélemy; des doutes, oui; des remords, non.

On dit que je rends le sang des huguenots par tous les pores. Je sais ce que je rends: de l'arsenic, et non

du sang.

- Oh! Sire, que dites-vous?

- Rien. Si ma mort doit être vengée, Henriot, elle doit être vengée par Dieu seul. N'en parlons plus que
pour prévoir les événements qui en seront la suite. Je te lègue un bon parlement, une armée éprouvée.

Appuie-toi sur le parlement et sur l'armée pour résister à tes seuls ennemis: ma mère et le duc d'Alençon.

En ce moment, on entendit dans le vestibule un bruit sourd d'armes et de commandements militaires.

- Je suis mort, murmura Henri.

- Tu crains, tu hésites, dit Charles avec inquiétude.

- Moi! Sire, répliqua Henri; non, je ne crains pas; non, je n'hésite pas; j'accepte.

Charles lui serra la main. Et comme en ce moment sa nourrice s'approchait de lui, tenant une potion
qu'elle venait de préparer dans une chambre voisine, sans faire attention que le sort de la France se

décidait à trois pas d'elle:

- Appelle ma mère, bonne nourrice, et dis aussi qu'on fasse venir M. d'Alençon.

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