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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

Charles, comme nous venons de le dire, prononça ces paroles à voix basse, et cependant Henri crut
entendre derrière la coulisse du lit comme une sourde exclamation de colère. Peut-être quelque ouverture

pratiquée dans la muraille, à l'insu de Charles lui- même, permettait-elle à Catherine d'entendre cette

suprême conversation.

- Des femmes? reprit le roi de Navarre pour provoquer une explication.

- Oui, Henri, dit Charles, ma mère veut la régence en attendant que mon frère de Pologne revienne. Mais
écoute ce que je te dis, il ne reviendra pas.

- Comment! il ne reviendra pas? s'écria Henri, dont le coeur bondissait sourdement de joie.

- Non, il ne reviendra pas, continua Charles, ses sujets ne le laisseront pas partir.

- Mais, dit Henri, croyez-vous, mon frère, que la reine mère ne lui aura pas écrit à l'avance?

- Si fait, mais Nancey a surpris le courrier à Château-Thierry et m'a rapporté la lettre; dans cette lettre
j'allais mourir, disait-elle. Mais moi aussi j'ai écrit à Varsovie, ma lettre y arrivera, j'en suis sûr, et mon

frère sera surveillé. Donc, selon toute probabilité, Henri, le trône va être vacant.

Un second frémissement plus sensible encore que le premier se fit entendre dans l'alcôve.

- Décidément, se dit Henri, elle est là; elle écoute, elle attend! Charles n'entendit rien.

- Or, poursuivit-il, je meurs sans héritier mâle.

Puis il s'arrêta: une douce pensée parut éclairer son visage, et posant sa main sur l'épaule du roi de
Navarre:

- Hélas! te souviens-tu, Henriot, continua-t-il, te souviens-tu de ce pauvre petit enfant que je t'ai montré
un soir dormant dans son berceau de soie, et veillé par un ange? Hélas! Henriot, ils me le tueront! ...

- Ô Sire, s'écria Henri, dont les yeux se mouillèrent de larmes, je vous jure devant Dieu que mes jours et
mes nuits se passeront à veiller sur sa vie. Ordonnez, mon roi.

- Merci! Henriot, merci, dit le roi avec une effusion qui était bien loin de son caractère, mais que
cependant lui donnait la situation. J'accepte ta parole. N'en fais pas un roi... heureusement il n'est pas né

pour le trône, mais un homme heureux. Je lui laisse une fortune indépendante; qu'il ait la noblesse de sa

mère, celle du coeur. Peut-être vaudrait-il mieux pour lui qu'on le destinât à l'Église; il inspirerait moins

de crainte. Oh! il me semble que je mourrais, sinon heureux, du moins tranquille, si j'avais là pour me

consoler les caresses de l'enfant et le doux visage de la mère.

- Sire, ne pouvez-vous les faire venir?

- Eh! malheureux! ils ne sortiraient pas d'ici. Voilà la condition des rois, Henriot: ils ne peuvent ni vivre
ni mourir à leur guise. Mais depuis ta promesse je suis plus tranquille.

Henri réfléchit.

- Oui, sans doute, mon roi, j'ai promis, mais pourrai-je tenir?

- Que veux-tu dire?

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