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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2
Et elle tendit sa main à Marguerite.
- C'est bien parler cela; merci, dit Coconnas.
- Avant de me quitter, ma reine, dit La Mole, une dernière grâce: donnez-moi un souvenir quelconque de vous, que je puisse baiser en montant à l'échafaud.
- Oh oui! s'écria Marguerite, tiens! ...
Et elle détacha de son cou un petit reliquaire d'or soutenu par une chaîne du même métal.
- Tiens, dit-elle, voici une relique sainte que je porte depuis mon enfance; ma mère me la passa au cou quand j'étais toute petite et qu'elle m'aimait encore; elle vient de notre oncle le pape Clément; je ne l'ai jamais quittée. Tiens, prends-la.
La Mole la prit et la baisa avidement.
- On ouvre la porte, dit le geôlier; fuyez, mesdames! fuyez! Les deux femmes s'élancèrent derrière l'autel, où elles disparurent. Au même moment le prêtre entrait.
XXIX. La place Saint-Jean-en-Grève
Il est sept heures du matin; la foule attendait bruyante sur les places, dans les rues et sur les quais.
À dix heures du matin, un tombereau, le même dans lequel les deux amis, après leur duel, avaient été ramenés évanouis au Louvre, était parti de Vincennes, traversait lentement la rue Saint- Antoine, et sur son passage les spectateurs, si pressés qu'ils s'écrasaient les uns les autres, semblaient des statues aux yeux fixes et à la bouche glacée.
C'est qu'en effet il y avait ce jour-là un spectacle déchirant, offert par la reine mère à tout le peuple de Paris.
Dans ce tombereau, dont nous avons parlé, et qui s'acheminait à travers les rues, couchés sur quelques brins de paille, deux jeunes gens, la tête nue et complètement vêtus de noir, s'appuyaient l'un contre l'autre. Coconnas portait sur ses genoux La Mole, dont la tête dépassait les traverses du tombereau et dont les yeux vagues erraient ça et là.
Et cependant la foule, pour plonger son regard avide jusqu'au fond de la voiture, se pressait, se levait, se haussait, montant sur les bornes, s'accrochant aux anfractuosités des murailles, et paraissait satisfaite lorsqu'elle était parvenue à ne pas laisser vierge de son regard un seul point des deux corps qui sortaient de la souffrance pour aller à la destruction.
Il avait été dit que La Mole mourait sans avoir avoué un seul des faits qui lui étaient imputés, tandis qu'au contraire, assurait- on, Coconnas n'avait pu supporter la douleur et avait tout révélé.
Aussi, criait-on de tous côtés:
- Voyez, voyez le rouge! c'est lui qui a parlé, c'est lui qui a tout dit; c'est un lâche qui est cause de la mort de l'autre. L'autre, au contraire, est un brave et n'a rien avoué.
Les deux jeunes gens entendaient bien, l'un les louanges, l'autre les injures qui accompagnaient leur marche funèbre, et tandis que La Mole serrait les mains de son ami, un sublime dédain éclatait sur la
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