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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

Tout était redevenu silencieux.

Catherine arriva à la porte d'entrée, en franchit le seuil, et vit d'abord dans l'antichambre Orthon évanoui.

- Ah! ah! dit-elle, voici toujours le laquais; plus loin sans doute nous allons trouver le maître. Et elle
franchit la seconde porte.

Là, son pied heurta un cadavre; elle abaissa sa lampe; c'était celui du garde qui avait eu la tête fendue; il
était complètement mort.

Trois pas plus loin était le lieutenant frappé d'une balle et râlant le dernier soupir.

Enfin, devant le lit un homme qui, la tête pâle comme celle d'un mort, perdant son sang par une double
blessure qui lui traversait le cou, raidissant ses mains crispées, essayait de se relever.

C'était Maurevel. Un frisson passa dans les veines de Catherine; elle vit le lit désert, elle regarda tout
autour de la chambre, et chercha en vain parmi ces trois hommes couchés dans leur sang le cadavre

qu'elle espérait. Maurevel reconnut Catherine; ses yeux se dilatèrent horriblement, et il tendit vers elle un

geste désespéré.

- Eh bien, dit-elle à demi-voix, où est-il? qu'est-il devenu? Malheureux! l'auriez-vous laissé échapper?

Maurevel essaya d'articuler quelques paroles; mais un sifflement inintelligible sortit seul de sa blessure,
une écume rougeâtre frangea ses lèvres, et il secoua la tête en signe d'impuissance et de douleur.

- Mais parle donc! s'écria Catherine, parle donc! ne fût-ce que pour me dire un seul mot!

Maurevel montra sa blessure, et fit entendre de nouveau quelques sons inarticulés, tenta un effort qui
n'aboutit qu'à un rauque râlement et s'évanouit.

Catherine alors regarda autour d'elle: elle n'était entourée que de cadavres et de mourants; le sang coulait
à flots par la chambre, et un silence de mort planait sur toute cette scène.

Encore une fois elle adressa la parole à Maurevel, mais sans le réveiller: cette fois, il demeura non
seulement muet, mais immobile; un papier sortait de son pourpoint, c'était l'ordre d'arrestation signé du

roi. Catherine s'en saisit et le cacha dans sa poitrine.

En ce moment Catherine entendit derrière elle un léger froissement de parquet; elle se retourna et vit
debout, à la porte de la chambre, le duc d'Alençon, que le bruit avait attiré malgré lui, et que le spectacle

qu'il avait sous les yeux fascinait.

- Vous ici? dit-elle.

- Oui, madame. Que se passe-t-il donc, mon Dieu? demanda le duc.

- Retournez chez vous, François, et vous apprendrez assez tôt la nouvelle.

D'Alençon n'était pas aussi ignorant de l'aventure que Catherine le supposait. Aux premiers pas
retentissant dans le corridor, il avait écouté. Voyant entrer des hommes chez le roi de Navarre, il avait, en

rapprochant ce fait des paroles de Catherine, deviné ce qui allait se passer, et s'était applaudi de voir un

ami si dangereux détruit par une main plus forte que la sienne.

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