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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

- Monsieur, dit Caboche, vous êtes le seul gentilhomme qui m'ait donné la main, et l'on a de la mémoire
et un coeur, tout bourreau qu'on est, et peut-être même parce qu'on est bourreau. Vous verrez demain

comme je ferai proprement ma besogne.

- Demain? dit Coconnas.

- Sans doute, demain.

- Quelle besogne? Caboche regarda Coconnas avec stupéfaction.

- Comment, quelle besogne? avez-vous donc oublié l'arrêt?

- Ah! oui, en effet, l'arrêt, dit Coconnas, je l'avais oublié. Le fait est que Coconnas ne l'avait point oublié,
mais qu'il n'y pensait pas. Ce à quoi il pensait, c'était à la chapelle, au couteau caché sous la nappe sacrée,

à Henriette et à la reine, à la porte de la sacristie et aux deux chevaux attendant à la lisière de la forêt; ce

à quoi il pensait, c'était à la liberté, c'était à la course en plein air, c'était à la sécurité au-delà des

frontières de France.

- Maintenant, dit Caboche, il s'agit de vous faire passer adroitement du chevalet sur la litière. N'oubliez
pas que pour tout le monde, et même pour mes valets, vous avez les jambes brisées, et qu'à chaque

mouvement vous devez pousser un cri.

- Aïe! fit Coconnas rien qu'en voyant les deux valets approcher de lui la litière.

- Allons! allons! un peu de courage, dit Caboche; si vous criez déjà, que direz-vous donc tout à l'heure?

- Mon cher Caboche, dit Coconnas, ne me laissez pas toucher, je vous en supplie, par vos estimables
acolytes; peut-être n'auraient-ils pas la main aussi légère que vous.

- Posez la litière près du chevalet, dit maître Caboche.

Les deux valets obéirent. Maître Caboche prit Coconnas dans ses bras comme il aurait fait d'un enfant, et
le déposa couché sur le brancard; mais malgré toutes ces précautions, Coconnas poussa des cris féroces.

Le brave guichetier parut alors avec une lanterne.

- À la chapelle, dit-il.

Et les porteurs de Coconnas se mirent en route après que Coconnas eut donné à Caboche une seconde
poignée de main.

La première avait trop bien réussi au Piémontais pour qu'il fît désormais le difficile.

XXVIII. La chapelle

Le lugubre cortège traversa dans le plus profond silence les deux ponts-levis du donjon et la grande cour
du château qui mène à la chapelle, et aux vitraux de laquelle une pâle lumière colorait les figures livides

des apôtres en robes rouges.

Coconnas aspirait avidement l'air de la nuit, quoique cet air fût tout chargé de pluie. Il regardait
l'obscurité profonde et s'applaudissait de ce que toutes ces circonstances étaient propices à sa fuite et à

celle de son compagnon.

Il lui fallut toute sa volonté, toute sa prudence, toute sa puissance sur lui-même pour ne pas sauter en bas

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