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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2
- Impossible! dit Charles avec un rire strident; il est fâcheux que René ne soit pas ici, il te raconterait mon histoire.
- Lui, René?
- Oui. Il te raconterait, par exemple, qu'une femme à laquelle il n'ose rien refuser a été lui demander un livre de chasse enfoui dans sa bibliothèque; qu'un poison subtil a été versé sur chaque page de ce livre; que le poison, destiné à quelqu'un, je ne sais à qui, est tombé par un caprice du hasard, ou par un châtiment du ciel, sur une autre personne que celle à qui il était destiné. Mais en l'absence de René, si tu veux voir le livre, il est là, dans mon cabinet, et, écrit de la main du Florentin, tu verras que ce livre, qui contient dans ses feuilles la mort de vingt personnes encore, a été donné de sa main à sa compatriote.
- Silence, Charles, à ton tour, silence! dit Marguerite.
- Tu vois bien maintenant qu'il faut qu'on croie que je meurs par magie.
- Mais c'est inique, mais c'est affreux! grâce! grâce! vous savez bien qu'il est innocent.
- Oui, je le sais, mais il faut qu'on le croie coupable. Souffre donc la mort de ton amant; c'est peu pour sauver l'honneur de la maison de France. Je souffre bien la mort pour que le secret meure avec moi.
Marguerite courba la tête, comprenant qu'il n'y avait rien à faire pour sauver La Mole du côté du roi, et se retira toute pleurante et n'ayant plus d'espoir qu'en ses propres ressources.
Pendant ce temps, comme l'avait prévu Charles, Catherine ne perdait pas une minute, et elle écrivait au procureur général Laguesle une lettre dont l'histoire a conservé jusqu'au dernier mot, et qui jette sur toute cette affaire de sanglantes lueurs:
«Monsieur le procureur, ce soir on me dit pour certain que La Mole a fait le sacrilège. En son logis à Paris, on a trouvé beaucoup de méchantes choses, comme des livres et des papiers. Je vous prie d'appeler le premier président et d'instruire au plus vite l'affaire de la figure de cire à laquelle ils ont donné un coup au coeur, et ce, contre le roi[6].
» CATHERINE.»
XXV. Les boucliers invisibles
Le lendemain du jour où Catherine avait écrit la lettre qu'on vient de lire, le gouverneur entra chez Coconnas avec un appareil des plus imposants: il se composait de deux hallebardiers et de quatre robes noires.
Coconnas était invité à descendre dans une salle où le procureur Laguesle et deux juges l'attendaient pour l'interroger selon les instructions de Catherine.
Pendant les huit jours qu'il avait passés en prison, Coconnas avait beaucoup réfléchi; sans compter que chaque jour La Mole et lui, réunis un instant pour les soins de leur geôlier qui, sans leur rien dire, leur avait fait cette surprise que selon toute probabilité ils ne devaient pas à sa seule philanthropie; sans compter, disons-nous, que La Mole et lui s'étaient recordés sur la conduite qu'ils avaient à tenir et qui était une négation absolue, il était donc persuadé qu'avec un peu d'adresse son affaire prendrait la meilleure tournure, les charges n'étaient pas plus fortes pour eux que pour les autres. Henri et Marguerite n'avaient fait aucune tentative de fuite, ils ne pouvaient donc être compromis dans une affaire où les
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