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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

collègue, avaient reconnu une inflammation d'estomac, se trompant de la cause au résultat, voilà tout. Ils
avaient, en conséquence, prescrit un régime adoucissant qui ne pouvait qu'aider au breuvage particulier

indiqué par René, que Charles recevait trois fois par jour de la main de sa nourrice, et qui faisait sa

principale nourriture.

La Mole et Coconnas étaient à Vincennes, au secret le plus rigoureux. Marguerite et madame de Nevers
avaient fait dix tentatives pour arriver jusqu'à eux, ou tout au moins pour leur faire passer un billet, et n'y

étaient point parvenues.

Un matin, au milieu des éternelles alternatives de bien et de mal qu'il éprouvait, Charles se sentit un peu
mieux, et voulut qu'on laissât entrer toute la cour qui, comme d'habitude, quoique le lever n'eût plus lieu,

se présentait tous les matins. Les portes furent donc ouvertes, et l'on put reconnaître, à la pâleur de ses

joues, au jaunissement de son front d'ivoire, à la flamme fébrile qui jaillissait de ses yeux caves et

entourés d'un cercle de bistre, quels effroyables ravages avait faits sur le jeune monarque la maladie

inconnue dont il était atteint.

La chambre royale fut bientôt pleine de courtisans curieux et intéressés.

Catherine, d'Alençon et Marguerite furent avertis que le roi recevait. Tous trois entrèrent à peu
d'intervalle l'un de l'autre, Catherine calme, d'Alençon souriant, Marguerite abattue.

Catherine s'assit au chevet du lit de son fils, sans remarquer le regard avec lequel celui-ci l'avait vue
s'approcher.

M. d'Alençon se plaça au pied, et se tint debout. Marguerite s'appuya à un meuble, et, voyant le front
pâle, le visage amaigri et l'oeil enfoncé de son frère, elle ne put retenir un soupir et une larme. Charles,

auquel rien n'échappait, vit cette larme, entendit ce soupir, et de la tête fit un signe imperceptible à

Marguerite. Ce signe, si imperceptible qu'il fût, éclaira le visage de la pauvre reine de Navarre, à qui

Henri n'avait eu le temps de rien dire, ou peut-être même n'avait voulu rien dire. Elle craignait pour son

mari, elle tremblait pour son amant.

Pour elle-même elle ne redoutait rien, elle connaissait trop bien La Mole, et savait qu'elle pouvait
compter sur lui.

- Eh bien, mon cher fils, dit Catherine, comment vous trouvez- vous?

- Mieux, ma mère, mieux.

- Et que disent vos médecins?

- Mes médecins? ah! ce sont de grands docteurs, ma mère, dit Charles en éclatant de rire, et j'ai un
suprême plaisir, je l'avoue, à les entendre discuter sur ma maladie. Nourrice, donne- moi à boire.

La nourrice apporta à Charles une tasse de sa potion ordinaire.

- Et que vous font-ils prendre, mon fils?

- Oh! madame, qui connaît quelque chose à leurs préparations? répondit le roi en avalant vivement le
breuvage.

- Ce qu'il faudrait à mon frère, dit François, ce serait de pouvoir se lever et prendre le beau soleil; la

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