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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

Soudain un fracas plus violent se fit entendre; un pas lourd et pressé ébranla le corridor; deux coups de
feu partirent faisant vibrer les vitres; et Catherine, étonnée de cette lutte prolongée outre mesure, se

dressa à son tour, droite, pâle, les yeux dilatés; et au moment où le capitaine des gardes allait s'élancer

dehors, elle l'arrêta en disant:

- Que tout le monde reste ici, j'irai moi-même voir là-bas ce qui se passe. Voilà ce qui se passait, ou
plutôt ce qui s'était passé:

De Mouy avait reçu le matin des mains d'Orthon la clef de Henri. Dans cette clef, qui était forée, il avait
remarqué un papier roulé. Il avait tiré le papier avec une épingle.

C'était le mot d'ordre du Louvre pour la prochaine nuit. En outre, Orthon lui avait verbalement transmis
les paroles de Henri qui invitaient de Mouy à venir trouver à dix heures le roi au Louvre. À neuf heures

et demie, de Mouy avait revêtu une armure dont il avait plus d'une fois déjà eu l'occasion de reconnaître

la solidité; il avait boutonné dessus un pourpoint de soie, avait agrafé son épée, passé dans le ceinturon

ses pistolets, recouvert le tout du fameux manteau cerise de La Mole.

Nous avons vu comment, avant de rentrer chez lui, Henri avait jugé à propos de faire une visite à
Marguerite, et comment il était arrivé par l'escalier secret juste à temps pour heurter La Mole dans la

chambre à coucher de Marguerite, et pour prendre sa place aux yeux du roi dans la salle à manger. C'était

précisément au moment même que, grâce au mot d'ordre envoyé par Henri et surtout au fameux manteau

cerise, de Mouy traversait le guichet du Louvre.

Le jeune homme monta droit chez le roi de Navarre, imitant de son mieux, comme d'habitude, la
démarche de La Mole. Il trouva dans l'antichambre Orthon qui l'attendait.

- Sire de Mouy, lui dit le montagnard, le roi est sorti, mais il m'a ordonné de vous introduire chez lui et
de vous dire de l'attendre. S'il tarde par trop, il vous invite, vous le savez, à vous jeter sur son lit.

De Mouy entra sans demander d'autre explication, car ce que venait de lui dire Orthon n'était que la
répétition de ce qu'il lui avait déjà dit le matin.

Pour utiliser son temps, de Mouy prit une plume et de l'encre; et s'approchant d'une excellente carte de
France pendue à la muraille, il se mit à compter et à régler les étapes qu'il y avait de Paris à Pau.

Mais ce travail fut l'affaire d'un quart d'heure, et ce travail fini, de Mouy ne sut plus à quoi s'occuper.

Il fit deux ou trois tours de chambre, se frotta les yeux, bâilla, s'assit et se leva, se rassit encore. Enfin,
profitant de l'invitation de Henri, excusé d'ailleurs par les lois de familiarité qui existaient entre les

princes et leurs gentilshommes, il déposa sur la table de nuit ses pistolets et la lampe, s'étendit sur le

vaste lit à tentures sombres qui garnissait le fond de la chambre, plaça son épée nue le long de sa cuisse,

et, sûr de n'être pas surpris puisqu'un domestique se tenait dans la pièce précédente, il se laissa aller à un

sommeil pesant, dont bientôt le bruit fit retentir les vastes échos du baldaquin. De Mouy ronflait en vrai

soudard, et sous ce rapport aurait pu lutter avec le roi de Navarre lui-même.

C'est alors que six hommes, l'épée à la main et le poignard à la ceinture, se glissèrent silencieusement
dans le corridor qui, par une petite porte, communiquait aux appartements de Catherine et par une grande

donnait chez Henri.

Un de ces six hommes marchait le premier. Outre son épée nue et son poignard fort comme un couteau

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