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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

s'étaient mis à leur poursuite. Le roi et Henri battaient la ville. Le duc d'Alençon se tenait chez lui dans
l'attente vague et anxieuse des événements que lui avait prédits la reine mère. Enfin Catherine s'était mise

au lit, et madame de Sauve, assise à son chevet, lui faisait lecture de certains contes italiens dont riait fort

la bonne reine.

Depuis longtemps Catherine n'avait été de si belle humeur. Après avoir fait de bon appétit une collation
avec ses femmes, après avoir réglé les comptes quotidiens de sa maison, elle avait ordonné une prière

pour le succès de certaine entreprise importante, disait-elle, pour le bonheur de ses enfants; c'était

l'habitude de Catherine, habitude, au reste toute florentine, de faire dire dans certaines circonstances des

prières et des messes dont Dieu et elle savaient seuls le but.

Enfin elle avait revu René, et avait choisi, dans ses odorants sachets et dans son riche assortiment,
plusieurs nouveautés.

- Qu'on sache, dit Catherine, si ma fille la reine de Navarre est chez elle; et si elle y est, qu'on la prie de
venir me faire compagnie.

Le page auquel cet ordre était adressé sortit, et un instant après il revint accompagné de Gillonne.

- Eh bien, dit la reine mère, j'ai demandé la maîtresse et non la suivante.

- Madame, dit Gillonne, j'ai cru devoir venir moi-même dire à Votre Majesté que la reine de Navarre est
sortie avec son amie la duchesse de Nevers...

- Sortie à cette heure! reprit Catherine en fronçant le sourcil; et où peut-elle être allée?

- À une séance d'alchimie, répondit Gillonne, laquelle doit avoir lieu à l'hôtel de Guise, dans le pavillon
habité par madame de Nevers.

- Et quand rentrera-t-elle? demanda la reine mère.

- La séance se prolongera fort avant dans la nuit, répondit Gillonne, de sorte qu'il est probable que Sa
Majesté demeurera demain matin chez son amie.

- Elle est heureuse, la reine de Navarre, murmura Catherine, elle a des amies et elle est reine; elle porte
une couronne, on l'appelle Votre Majesté, et elle n'a pas de sujets; elle est bien heureuse.

Après cette boutade, qui fit sourire intérieurement les auditeurs:

- Au reste, murmura Catherine, puisqu'elle est sortie! car elle est sortie, dites-vous?

- Depuis une demi-heure, madame.

- Tout est pour le mieux; allez.

Gillonne salua et sortit.

- Continuez votre lecture, Charlotte, dit la reine. Madame de Sauve continua. Au bout de dix minutes
Catherine interrompit la lecture.

- Ah! à propos, dit-elle, qu'on renvoie les gardes de la galerie. C'était le signal qu'attendait Maurevel. On
exécuta l'ordre de la reine mère, et madame de Sauve continua son histoire.

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