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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2
Il prit le petit escalier tournant et trouva la porte du roi entrouverte.
Les gardes laissèrent entrer le duc sans mettre aucun empêchement à son passage: les jours de chasse il n'y avait ni étiquette ni consigne.
François traversa successivement l'antichambre, le salon et la chambre à coucher sans rencontrer personne; enfin il songeait que Charles était sans doute dans son cabinet des Armes, et poussa la porte qui donnait de la chambre à coucher dans le cabinet.
Charles était assis devant une table, dans un grand fauteuil sculpté à dossier aigu; il tournait le dos à la porte par laquelle était entré François.
Il paraissait plongé dans une occupation qui le dominait.
Le duc s'approcha sur la pointe du pied; Charles lisait.
- Pardieu! s'écria-t-il tout à coup, voilà un livre admirable. J'en avais bien entendu parler, mais je n'avais pas cru qu'il existât en France.
D'Alençon tendit l'oreille, et fit un pas encore.
- Maudites feuilles, dit le roi en portant son pouce à ses lèvres et en pesant sur le livre pour séparer la page qu'il avait lue de celle qu'il voulait lire; on dirait qu'on en a collé les feuillets pour dérober aux regards des hommes les merveilles qu'il renferme.
D'Alençon fit un bond en avant.
Ce livre, sur lequel Charles était courbé, était celui qu'il avait déposé chez Henri!
Un cri sourd lui échappa.
- Ah! c'est vous, d'Alençon? dit Charles, soyez le bienvenu, et venez voir le plus beau livre de vénerie qui soit jamais sorti de la plume d'un homme.
Le premier mouvement de d'Alençon fut d'arracher le livre des mains de son frère; mais une pensée infernale le cloua à sa place, un sourire effrayant passa sur ses lèvres blêmies, il passa la main sur ses yeux comme un homme ébloui.
Puis revenant un peu à lui, mais sans faire un pas en avant ni en arrière:
- Sire, demanda d'Alençon, comment donc ce livre se trouve-t-il dans les mains de Votre Majesté?
- Rien de plus simple. Ce matin, je suis monté chez Henriot pour voir s'il était prêt; il n'était déjà plus chez lui: sans doute il courait les chenils et les écuries; mais, à sa place, j'ai trouvé ce trésor que j'ai descendu ici pour le lire tout à mon aise.
Et le roi porta encore une fois son pouce à ses lèvres, et une fois encore fit tourner la page rebelle.
- Sire, balbutia d'Alençon dont les cheveux se hérissèrent et qui se sentit saisir par tout le corps d'une angoisse terrible; Sire, je venais pour vous dire...
- Laissez-moi achever ce chapitre, François, dit Charles, et ensuite vous me direz tout ce que vous voudrez. Voilà cinquante pages que je lis, c'est à dire que je dévore.
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