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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2
- Oui, de Mouy a été arrêté.
- Je le sais.
- Eh bien! de Mouy a tout dit au roi.
- Qu'a-t-il dit?
- Il a dit que je désirais le trône de Navarre, et que je conspirais pour l'obtenir.
- Ah! pécaïre! dit Henri, de sorte que vous voilà compromis, mon pauvre frère! Comment alors n'êtes-vous pas encore arrêté?
- Je n'en sais rien moi-même; le roi m'a raillé en faisant semblant de m'offrir le trône de Navarre. Il espérait sans doute me tirer un aveu du coeur; mais je n'ai rien dit.
- Et vous avez bien fait, ventre-saint-gris, dit le Béarnais; tenons ferme, notre vie à tous deux en dépend.
- Oui, reprit François, le cas est épineux; voici pourquoi je suis venu demander votre avis, mon frère; que croyez-vous que je doive faire: fuir ou rester?
- Vous avez vu le roi, puisque c'est à vous qu'il a parlé?
- Oui, sans doute.
- Eh bien, vous avez dû lire dans sa pensée! Suivez votre inspiration.
- J'aimerais mieux rester, répondit François.
Si maître qu'il fût de lui-même, Henri laissa échapper un mouvement de joie; si imperceptible que fût ce mouvement, François le surprit au passage.
- Restez alors, dit Henri.
- Mais vous?
- Dame! répondit Henri, si vous restez, je n'ai aucun motif pour m'en aller, moi. Je ne partais que pour vous suivre, par dévouement, pour ne pas quitter un frère que j'aime.
- Ainsi, dit d'Alençon, c'en est fait de tous nos plans; vous vous abandonnez sans lutte au premier entraînement de la mauvaise fortune?
- Moi, dit Henri, je ne regarde pas comme une mauvaise fortune de demeurer ici; grâce à mon caractère insoucieux, je me trouve bien partout.
- Eh bien, soit! dit d'Alençon, n'en parlons plus; seulement, si vous prenez quelque résolution nouvelle, faites-la-moi savoir.
- Corbleu! je n'y manquerai pas, croyez-le bien, répondit Henri. N'est-il pas convenu que nous n'avons pas de secrets l'un pour l'autre?
D'Alençon n'insista pas davantage et se retira tout pensif, car, à un certain moment, il avait cru voir trembler la tapisserie du cabinet de toilette.
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