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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

événement et si attaché au pauvre serviteur absent, qu'il déclara qu'il ne le remplacerait que lorsqu'il
aurait acquis la certitude qu'il aurait disparu pour toujours.

L'antichambre, comme nous l'avons dit, était donc vide lorsque Marguerite se présenta chez Henri.

Si légers que fussent les pas de la reine, Henri les entendit et se retourna.

- Vous, madame! s'écria-t-il.

- Oui, répondit Marguerite. Lisez vite. Et elle lui présenta le papier tout ouvert. Il contenait ces quelques
lignes: «Sire, le moment est venu de mettre notre projet de fuite à exécution. Après-demain il y a chasse

au vol le long de la Seine, depuis Saint-Germain jusqu'à Maisons, c'est-à-dire dans toute la longueur de la

forêt.» Allez à cette chasse, quoique ce soit une chasse au vol; prenez sous votre habit une bonne chemise

de mailles; ceignez votre meilleure épée; montez le plus fin cheval de votre écurie.» Vers midi,

c'est-à-dire au plus fort de la chasse et quand le roi sera lancé à la suite du faucon, dérobez-vous seul si

vous venez seul, avec la reine de Navarre si la reine vous suit.» Cinquante des nôtres seront cachés au

pavillon de François Ier, dont nous avons la clef; tout le monde ignorera qu'ils y sont, car ils y seront

venus de nuit et les jalousies en seront fermées.» Vous passerez par l'allée des Violettes, au bout de

laquelle je veillerai; à droite de cette allée, dans une petite clairière, seront MM. de La Mole et Coconnas

avec deux chevaux de main. Ces chevaux frais seront destinés à remplacer le vôtre et celui de Sa Majesté

la reine de Navarre, si par hasard ils étaient fatigués.

» Adieu, Sire; soyez prêt, nous le serons.»

- Vous le serez, dit Marguerite, prononçant après seize cents ans les mêmes paroles que César avait
prononcées sur les bords du Rubicon.

- Soit, madame, répondit Henri, ce n'est pas moi qui vous démentirai.

- Allons, Sire, devenez un héros; ce n'est pas difficile; vous n'avez qu'à suivre votre route; et faites-moi
un beau trône, dit la fille de Henri II.

Un imperceptible sourire effleura la lèvre fine du Béarnais. Il baisa la main de Marguerite et sortit le
premier, pour explorer le passage, tout en fredonnant le refrain d'une vieille chanson:

Cil qui mieux battit la muraille N'entra point dedans le chasteau.

La précaution n'était pas mauvaise: au moment où il ouvrait la porte de sa chambre à coucher, le duc
d'Alençon ouvrait celle de son antichambre; il fit de la main un signe à Marguerite, puis tout haut:

- Ah! c'est vous, mon frère, dit-il, soyez le bienvenu. Au signe de son mari, la reine avait tout compris et
s'était jetée dans un cabinet de toilette, devant la porte duquel pendait une énorme tapisserie.

Le duc d'Alençon entra d'un pas craintif en regardant tout autour de lui.

- Sommes-nous seuls, mon frère? demanda-t-il à demi-voix.

- Parfaitement seuls. Qu'y a-t-il donc? vous paraissez tout bouleversé.

- Il y a que nous sommes découverts, Henri.

- Comment découverts?

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