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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 2

roi.

- À propos, dit Charles en le retenant au moment où il allait se relever, ne m'aviez-vous pas demandé
justice de ce brigand de Maurevel?

- Oui, Sire.

- Je ne sais où il est pour vous la faire, car il se cache; mais si vous le rencontrez, faites-vous justice
vous-même, je vous y autorise, et de grand coeur.

- Ah! Sire, s'écria de Mouy, voilà qui me comble véritablement; que Votre Majesté s'en rapporte à moi;
je ne sais non plus où il est, mais je le trouverai, soyez tranquille.

Et de Mouy, après avoir respectueusement salué le roi Charles et la reine Catherine, se retira sans que les
gardes qui l'avaient amené missent aucun empêchement à sa sortie. Il traversa les corridors, gagna

rapidement le guichet, et une fois dehors ne fit qu'un bond de la place Saint-Germain-l'Auxerrois à

l'auberge de la Belle-Étoile, où il retrouva son cheval, grâce auquel, trois heures après la scène que nous

venons de raconter, le jeune homme respirait en sûreté derrière les murailles de Mantes.

Catherine, dévorant sa colère, regagna son appartement d'où elle passa dans celui de Marguerite. Elle y
trouva Henri en robe de chambre et qui paraissait prêt à se mettre au lit.

- Satan, murmura-t-elle, aide une pauvre reine pour qui Dieu ne veut plus rien faire!

XVII. Deux têtes pour une couronne

- Qu'on prie M. d'Alençon de me venir voir, avait dit Charles en congédiant sa mère.

M. de Nancey, disposé d'après l'invitation du roi de n'obéir désormais qu'à lui-même, ne fit qu'un bond de
chez Charles chez son frère, lui transmettant sans adoucissement aucun l'ordre qu'il venait de recevoir.

Le duc d'Alençon tressaillit: en tout temps il avait tremblé devant Charles; et à bien plus forte raison
encore depuis qu'il s'était fait, en conspirant, des motifs de le craindre.

Il ne s'en rendit pas moins près de son frère avec un empressement calculé.

Charles était debout et sifflait entre ses dents un hallali sur pied.

En entrant, le duc d'Alençon surprit dans l'oeil vitreux de Charles un de ces regards envenimés de haine
qu'il connaissait si bien.

- Votre Majesté m'a fait demander, me voici, Sire, dit-il. Que désire de moi Votre Majesté?

- Je désire vous dire, mon bon frère, que, pour récompenser cette grande amitié que vous me portez, je
suis décidé à faire aujourd'hui pour vous la chose que vous désirez le plus.

- Pour moi?

- Oui, pour vous. Cherchez dans votre esprit quelle chose vous rêvez depuis quelque temps sans oser me
la demander, et cette chose, je vous la donne.

- Sire, dit François, j'en jure à mon frère, je ne désire que la continuation de la bonne santé du roi.

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