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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 1

- Va, femme, va! dit le vieux Mercandon, mais prends garde à nous!

- Attendez, monsieur de Coconnas, attendez, dit la jeune dame de l'hôtel de Guise; je vais faire tirer aux
fenêtres.

- Ah ça! c'est donc un enfer de femmes, dont les unes sont pour moi et les autres contre moi! dit
Coconnas. Mordi! finissons-en.

La scène, en effet, était bien changée, et tirait évidemment à son dénouement. En face de Coconnas,
blessé il est vrai, mais dans toute la vigueur de ses vingt-quatre ans, mais habitué aux armes, mais irrité

plutôt qu'affaibli par les trois ou quatre égratignures qu'il avait reçues, il ne restait plus que Mercandon et

son fils: Mercandon, vieillard de soixante à soixante-dix ans; son fils, enfant de seize à dix-huit ans: ce

dernier pâle, blond et frêle, avait jeté son pistolet déchargé et par conséquent devenu inutile, et agitait en

tremblant une épée de moitié moins longue que celle du Piémontais; le père, armé seulement d'un

poignard et d'une arquebuse vide, appelait au secours. Une vieille femme, à la fenêtre en face, la mère du

jeune homme, tenait à la main un morceau de marbre et s'apprêtait à le lancer. Enfin Coconnas, excité

d'un côté par les menaces, de l'autre par les encouragements, fier de sa double victoire, enivré de poudre

et de sang, éclairé par la réverbération d'une maison en flammes, exalté par l'idée qu'il combattait sous les

yeux d'une femme dont la beauté lui avait semblé aussi supérieure que son rang lui paraissait

incontestable; Coconnas, comme le dernier des Horaces, avait senti doubler ses forces, et voyant le jeune

homme hésiter, il courut à lui et croisa sur sa petite épée sa terrible et sanglante rapière. Deux coups

suffirent pour la lui faire sauter des mains. Alors Mercandon chercha à repousser Coconnas, pour que les

projectiles lancés par la fenêtre l'atteignissent plus sûrement. Mais Coconnas, au contraire, pour paralyser

la double attaque du vieux Mercandon, qui essayait de le percer de son poignard, et de la mère du jeune

homme, qui tentait de lui briser la tête avec la pierre qu'elle s'apprêtait à lui lancer, saisit son adversaire à

bras-le-corps, le présentant à tous les coups comme un bouclier, et l'étouffant dans son étreinte

herculéenne.

- À moi, à moi! s'écria le jeune homme, il me brise la poitrine! à moi, à moi! Et sa voix commença de se
perdre dans un râle sourd et étranglé. Alors, Mercandon cessa de menacer, il supplia.

- Grâce! grâce! dit-il, monsieur de Coconnas! grâce! c'est mon unique enfant!

- C'est mon fils! c'est mon fils! cria la mère, l'espoir de notre vieillesse! ne le tuez pas, monsieur! ne le
tuez pas!

- Ah! vraiment! cria Coconnas en éclatant de rire. Que je ne le tue pas! et que voulait-il donc me faire
avec son épée et son pistolet?

- Monsieur, continua Mercandon en joignant les mains, j'ai chez moi l'obligation souscrite par votre père,
je vous la rendrai; j'ai dix mille écus d'or, je vous les donnerai; j'ai les pierreries de notre famille, et elles

seront à vous; mais ne le tuez pas, ne le tuez pas!

- Et moi, j'ai mon amour, dit à demi-voix la femme de l'hôtel de Guise, et je vous le promets. Coconnas
réfléchit une seconde, et soudain:

- Êtes-vous huguenot? demanda-t-il au jeune homme.

- Je le suis, murmura l'enfant.

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