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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 1

mais Henri s'était plus avancé qu'il n'avait coutume de le faire, et il garda le silence.

- Que voulez-vous dire, Henri? demanda le duc François, visiblement contrarié que son beau-frère, en ne
continuant pas, le laissât entamer ces éclaircissements.

- Je dis, mon frère, reprit Henri, que ces hommes si bien armés, qui semblent avoir reçu pour tâche de ne
point nous perdre de vue, ont tout l'aspect de gardes qui prétendraient empêcher deux personnes de

s'échapper.

- S'échapper, pourquoi? comment? demanda d'Alençon en jouant admirablement la surprise et la naïveté.

- Vous avez là un magnifique genêt, François, dit Henri poursuivant sa pensée tout en ayant l'air de
changer de conversation; je suis sûr qu'il ferait sept lieues en une heure, et vingt lieues d'ici à midi. Il fait

beau; cela invite, sur ma parole, à baisser la main. Voyez donc le joli chemin de traverse. Est ce qu'il ne

vous tente pas, François? Quant à moi, l'éperon me brûle.

François ne répondit rien. Seulement il rougit et pâlit successivement; puis il tendit l'oreille comme s'il
écoutait la chasse.

- La nouvelle de Pologne fait son effet, dit Henri, et mon cher beau-frère a son plan. Il voudrait bien que
je me sauvasse, mais je ne me sauverai pas seul.

Il achevait à peine cette réflexion, quand plusieurs nouveaux convertis, revenus à la cour depuis deux ou
trois mois, arrivèrent au petit galop et saluèrent les deux princes avec un sourire des plus engageants.

Le duc d'Alençon, provoqué par les ouvertures de Henri, n'avait qu'un mot à dire, qu'un geste à faire, et il
était évident que trente ou quarante cavaliers, réunis en ce moment autour d'eux comme pour faire

opposition à la troupe de M. de Guise, favoriseraient la fuite; mais il détourna la tête, et portant son cor à

sa bouche, il sonna le ralliement.

Cependant les nouveaux venus, comme s'ils eussent cru que l'hésitation du duc d'Alençon venait du
voisinage et de la présence des Guisards, s'étaient peu à peu glissés entre eux et les deux princes, et

s'étaient échelonnés avec une habileté stratégique qui annonçait l'habitude des dispositions militaires. En

effet, pour arriver au duc d'Alençon et au roi de Navarre, il eût fallu leur passer sur le corps, tandis qu'à

perte de vue s'étendait devant les deux beaux frères une route parfaitement libre.

Tout à coup, entre les arbres, à dix pas du roi de Navarre, apparut un autre gentilhomme que les deux
princes n'avaient pas encore vu. Henri cherchait à deviner qui il était, quand ce gentilhomme, soulevant

son chapeau, se fit reconnaître à Henri pour le vicomte de Turenne, un des chefs du parti protestant que

l'on croyait en Poitou.

Le vicomte hasarda même un signe qui voulait clairement dire:

- Venez-vous? Mais Henri, après avoir bien consulté le visage impassible et l'oeil terne du duc
d'Alençon, tourna deux ou trois fois la tête sur son épaule comme si quelque chose le gênait dans le col

de son pourpoint. C'était une réponse négative. Le vicomte la comprit, piqua des deux et disparut dans le

fourré. Au même instant on entendit la meute se rapprocher, puis, à l'extrémité de l'allée où l'on se

trouvait, on vit passer le sanglier, puis au même instant les chiens, puis, pareil au chasseur infernal,

Charles IX sans chapeau, le cor à la bouche, sonnant à se briser les poumons; trois ou quatre piqueurs le

suivaient. Tavannes avait disparu.

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