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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 1

En poussant la comparaison plus loin, le moyeu ne représenterait pas mal l'unique carrefour situé au
centre du bois, et où les chasseurs égarés se ralliaient pour s'élancer de là vers le point où la chasse

perdue reparaissait.

Au bout d'un quart d'heure, il arriva ce qui arrivait toujours en pareil cas: c'est que des obstacles presque
insurmontables s'étant opposés à la course des chasseurs, les voix des chiens s'étaient éteintes dans le

lointain, et le roi lui-même était revenu au carrefour, jurant et sacrant, comme c'était son habitude.

- Eh bien! d'Alençon, eh bien! Henriot, dit-il, vous voilà, mordieu, calmes et tranquilles comme des
religieuses qui suivent leur abbesse. Voyez-vous, ça ne s'appelle point chasser, cela. Vous, d'Alençon,

vous avez l'air de sortir d'une boîte, et vous êtes tellement parfumé que si vous passez entre la bête et mes

chiens, vous êtes capable de leur faire perdre la voie. Et vous, Henriot, où est votre épieu, où est votre

arquebuse? voyons.

- Sire, dit Henri, à quoi bon une arquebuse? Je sais que Votre Majesté aime à tirer l'animal quand il tient
aux chiens. Quant à un épieu, je manie assez maladroitement cette arme, qui n'est point d'usage dans nos

montagnes, où nous chassons l'ours avec le simple poignard.

- Par la mordieu, Henri, quand vous serez retourné dans vos Pyrénées, il faudra que vous m'envoyiez une
pleine charretée d'ours, car ce doit être une belle chasse que celle qui se fait ainsi corps à corps avec un

animal qui peut nous étouffer. Écoutez donc, je crois que j'entends les chiens. Non, je me trompais.

Le roi prit son cor et sonna une fanfare. Plusieurs fanfares lui répondirent. Tout à coup un piqueur parut
qui fit entendre un autre air.

- La vue! la vue! cria le roi. Et il s'élança au galop, suivi de tous les chasseurs qui s'étaient ralliés à lui. Le
piqueur ne s'était pas trompé. À mesure que le roi s'avançait, on commençait d'entendre les aboiements

de la meute, composée alors de plus de soixante chiens, car on avait successivement lâché tous les relais

placés dans les endroits que le sanglier avait déjà parcourus. Le roi le vit passer pour la seconde fois, et,

profitant d'une haute futaie, se jeta sous bois après lui, donnant du cor de toutes ses forces. Les princes le

suivirent quelque temps. Mais le roi avait un cheval si vigoureux, emporté par son ardeur il passait par

des chemins tellement escarpés, par des taillis si épais, que d'abord les femmes, puis le duc de Guise et

ses gentilshommes, puis les deux princes, furent forcés de l'abandonner. Tavannes tint encore quelque

temps; mais enfin il y renonça à son tour.

Tout le monde, excepté Charles et quelques piqueurs qui, excités par une récompense promise, ne
voulaient pas quitter le roi, se retrouva donc dans les environs du carrefour.

Les deux princes étaient l'un près de l'autre dans une longue allée. À cent pas d'eux, le duc de Guise et
ses gentilshommes avaient fait halte. Au carrefour se tenaient les femmes.

- Ne semblerait-il pas, en vérité, dit le duc d'Alençon à Henri en lui montrant du coin de l'oeil le duc de
Guise, que cet homme, avec son escorte bardée de fer, est le véritable roi? Pauvres princes que nous

sommes, il ne nous honore pas même d'un regard.

- Pourquoi nous traiterait-il mieux que ne nous traitent nos propres parents? répondit Henri. Eh! mon
frère! ne sommes-nous pas, vous et moi, des prisonniers à la cour de France, des otages de notre parti?

Le duc François tressaillit à ces mots, et regarda Henri comme pour provoquer une plus large explication;

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