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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 1

- J'ai mon laquais, qui non seulement est un garçon fidèle, mais qui même m'a quelquefois aidé dans ces
sortes d'entreprises.

- Envoyez-le chercher, et concertez-vous avec lui. Vous connaissez le cabinet des Armes du roi, n'est-ce
pas? eh bien, on va vous servir là à déjeuner; là vous donnerez vos ordres.

Le lieu raffermira vos sens s'ils étaient ébranlés. Puis, quand mon fils reviendra de la chasse, vous
passerez dans mon oratoire, où vous attendrez l'heure.

- Mais comment entrerons-nous dans la chambre? Le roi a sans doute quelque soupçon, et il s'enfermera
en dedans.

- J'ai une double clef de toutes les portes, dit Catherine, et on a enlevé les verrous de celle de Henri.
Adieu, monsieur de Maurevel; à tantôt. Je vais vous faire conduire dans le cabinet des Armes du roi. Ah!

à propos! rappelez-vous que ce qu'un roi ordonne doit, avant toute chose, être exécuté; qu'aucune excuse

n'est admise; qu'une défaite, même un insuccès compromettraient l'honneur du roi. C'est grave.

Et Catherine, sans laisser à Maurevel le temps de lui répondre, appela M. de Nancey, capitaine des
gardes, et lui ordonna de conduire Maurevel dans le cabinet des Armes du roi.

- Mordieu! disait Maurevel en suivant son guide, je m'élève dans la hiérarchie de l'assassinat: d'un simple
gentilhomme à un capitaine, d'un capitaine à un amiral, d'un amiral à un roi sans couronne. Et qui sait si

je n'arriverai pas un jour à un roi couronné?...

XXXI. La chasse à courre

Le piqueur qui avait détourné le sanglier et qui avait affirmé au roi que l'animal n'avait pas quitté
l'enceinte ne s'était pas trompé. À peine le limier fut-il mis sur la trace, qu'il s'enfonça dans le taillis et

que d'un massif d'épines il fit sortir le sanglier qui, ainsi que le piqueur l'avait reconnu à ses voies, était

un solitaire, c'est-à-dire une bête de la plus forte taille.

L'animal piqua droit devant lui et traversa la route à cinquante pas du roi, suivi seulement du limier qui
l'avait détourné. On découpla aussitôt un premier relais, et une vingtaine de chiens s'enfoncèrent à sa

poursuite.

La chasse était la passion de Charles. À peine l'animal eut-il traversé la route qu'il s'élança derrière lui,
sonnant la vue, suivi du duc d'Alençon et de Henri, à qui un signe de Marguerite avait indiqué qu'il ne

devait point quitter Charles.

Tous les autres chasseurs suivirent le roi.

Les forêts royales étaient loin, à l'époque où se passe l'histoire que nous racontons, d'être, comme elles le
sont aujourd'hui, de grands parcs coupés par des allées carrossables. Alors, l'exploitation était à peu près

nulle. Les rois n'avaient pas encore eu l'idée de se faire commerçants et de diviser leurs bois en coupes,

en taillis et en futaies. Les arbres, semés non point par de savants forestiers, mais par la main de Dieu,

qui jetait la graine au caprice du vent, n'étaient pas disposés en quinconces, mais poussaient à leur loisir

et comme ils font encore aujourd'hui dans une forêt vierge de l'Amérique. Bref, une forêt, à cette époque,

était un repaire où il y avait à foison du sanglier, du cerf, du loup et des voleurs; et une douzaine de

sentiers seulement, partant d'un point, étoilaient celle de Bondy, qu'une route circulaire enveloppait

comme le cercle de la roue enveloppe les jantes.

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