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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 1

On arriva vers huit heures et un quart à Bondy.

Le premier soin de Charles IX fut de s'informer si le sanglier avait tenu.

Le sanglier était à sa bauge, et le piqueur qui l'avait détourné répondait de lui.

Une collation était prête. Le roi but un verre de vin de Hongrie. Charles IX invita les dames à se mettre à
table, et, tout à son impatience, s'en alla, pour occuper son temps, visiter les chenils et les perchoirs,

recommandant qu'on ne dessellât pas son cheval, attendu, dit-il, qu'il n'en avait jamais monté de meilleur

et de plus fort.

Pendant que le roi faisait sa tournée, le duc de Guise arriva. Il était armé en guerre plutôt qu'en chasse, et
vingt ou trente gentilshommes, équipés comme lui, l'accompagnaient. Il s'informa aussitôt du lieu où était

le roi, l'alla rejoindre et revint en causant avec lui.

À neuf heures précises, le roi donna lui-même le signal en sonnant le lancer, et chacun, montant à
cheval, s'achemina vers le rendez-vous.

Pendant la route, Henri trouva moyen de se rapprocher encore une fois de sa femme.

- Eh bien, lui demanda-t-il, savez-vous quelque chose de nouveau?

- Non, répondit Marguerite, si ce n'est que mon frère Charles vous regarde d'une étrange façon.

- Je m'en suis aperçu, dit Henri.

- Avez-vous pris vos précautions?

- J'ai sur ma poitrine ma cotte de mailles et à mon côté un excellent couteau de chasse espagnol, affilé
comme un rasoir, pointu comme une aiguille, et avec lequel je perce des doublons.

- Alors, dit Marguerite, à la garde de Dieu!

Le piqueur qui dirigeait le cortège fit un signe: on était arrivé à la bauge.

XXX. Maurevel

Pendant que toute cette jeunesse joyeuse et insouciante, en apparence du moins, se répandait comme un
tourbillon doré sur la route de Bondy, Catherine, roulant le parchemin précieux sur lequel le roi Charles

venait d'apposer sa signature, faisait introduire dans son cabinet l'homme à qui son capitaine des gardes

avait apporté, quelques jours auparavant, une lettre rue de la Cerisaie, quartier de l'Arsenal.

Une large bande de taffetas, pareil à un sceau mortuaire, cachait un des yeux de cet homme, découvrant
seulement l'autre oeil, et laissant voir entre deux pommettes saillantes la courbure d'un nez de vautour,

tandis qu'une barbe grisonnante lui couvrait le bas du visage. Il était vêtu d'un manteau long et épais sous

lequel on devinait tout un arsenal. En outre il portait au côté, quoique ce ne fût pas l'habitude des gens

appelés à la cour, une épée de campagne longue, large et à double coquille. Une de ses mains était cachée

et ne quittait point sous son manteau le manche d'un long poignard.

- Ah! vous voici, monsieur, dit la reine en s'asseyant; vous savez que je vous ai promis après la
Saint-Barthélemy, où vous nous avez rendu de si signalés services, de ne pas vous laisser dans l'inaction.

L'occasion se présente, ou plutôt non, je l'ai fait naître. Remerciez-moi donc.

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