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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 1

j'eusse parlé! Allons, allons, de Mouy, vous faites peu d'honneur au bon sens du roi de Navarre, et je
m'étonne que, ne le mettant pas plus haut dans votre esprit, vous soyez venu lui offrir une couronne.

- Mais, Sire, reprit encore de Mouy, ne pouviez-vous, tout en refusant cette couronne, me faire un signe?
Je n'aurais pas cru tout désespéré, tout perdu.

- Eh ventre-saint-gris! s'écria Henri, s'il écoutait, ne pouvait- il pas aussi bien voir, et n'est-on pas perdu
par un signe comme par une parole? Tenez, de Mouy, continua le roi en regardant autour de lui, à cette

heure, si près de vous que mes paroles ne franchissent pas le cercle de nos trois chaises, je crains encore

d'être entendu quand je dis: de Mouy, répète-moi tes propositions.

- Mais, Sire, s'écria de Mouy au désespoir, maintenant je suis engagé avec M. d'Alençon.

Marguerite frappa l'une contre l'autre et avec dépit ses deux belles mains.

- Alors, il est donc trop tard? dit-elle.

- Au contraire, murmura Henri, comprenez donc qu'en cela même la protection de Dieu est visible. Reste
engagé, de Mouy, car ce duc François c'est notre salut à tous. Crois-tu donc que le roi de Navarre

garantirait vos têtes? Au contraire, malheureux! Je vous fais tuer tous jusqu'au dernier, et cela sur le

moindre soupçon. Mais un fils de France, c'est autre chose; aie des preuves, de Mouy, demande des

garanties; mais, niais que tu es, tu te seras engagé de coeur, et une parole t'aura suffi.

- Oh! Sire! c'est le désespoir de votre abandon, croyez-le bien, qui m'a jeté dans les bras du duc; c'est
aussi la crainte d'être trahi, car il tenait notre secret.

- Tiens donc le sien à ton tour, de Mouy, cela dépend de toi. Que désire-t-il? Être roi de Navarre?
promets-lui la couronne. Que veut-il? Quitter la cour? fournis-lui les moyens de fuir, travaille pour lui, de

Mouy, comme si tu travaillais pour moi, dirige le bouclier pour qu'il pare tous les coups qu'on nous

portera. Quand il faudra fuir, nous fuirons à deux; quand il faudra combattre et régner, je régnerai seul.

- Défiez-vous du duc, dit Marguerite, c'est un esprit sombre et pénétrant, sans haine comme sans amitié,
toujours prêt à traiter ses amis en ennemis et ses ennemis en amis.

- Et, dit Henri, il vous attend, de Mouy?

- Oui, Sire.

- Où cela?

- Dans la chambre de ses deux gentilshommes.

- À quelle heure?

- Jusqu'à minuit.

- Pas encore onze heures, dit Henri; il n'y a point de temps perdu, allez, de Mouy.

- Nous avons votre parole, monsieur? dit Marguerite.

- Allons donc! madame, dit Henri avec cette confiance qu'il savait si bien montrer avec certaines
personnes et dans certaines occasions, avec M. de Mouy ces choses-là ne se demandent même point.

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