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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 1

- Alors, dit Henri avec son même ton railleur, votre ami a besoin de dix écus d'or, n'est-ce pas, René? car
une pareille prophétie est bien ambitieuse, par le temps qui court surtout. Allons, René, comme je ne suis

pas riche, j'en donnerai à votre ami cinq tout de suite, et cinq autres quand la prophétie sera réalisée.

- Sire, dit madame de Sauve, n'oubliez pas que vous êtes déjà engagé avec Dariole, et ne vous surchargez
pas de promesses.

- Madame, dit Henri, ce moment venu, j'espère que l'on me traitera en roi, et que chacun sera fort satisfait
si je tiens la moitié de ce que j'ai promis.

- Sire, reprit René, je continue.

- Oh! ce n'est donc pas tout? dit Henri, soit: si je suis empereur, je donne le double.

- Sire, mon ami revient donc de Florence avec cet horoscope qu'il renouvela à Paris, et qui donna
toujours le même résultat, et il me confia un secret.

- Un secret qui intéresse Sa Majesté? demanda vivement Charlotte.

- Je le crois, dit le Florentin.

«Il cherche ses mots, pensa Henri, sans aider en rien René; il paraît que la chose est difficile à dire.»

- Alors, parlez, reprit la baronne de Sauve, de quoi s'agit-il?

- Il s'agit, dit le Florentin en pesant une à une toutes ses paroles, il s'agit de tous ces bruits
d'empoisonnement qui ont couru depuis quelque temps à la cour.

Un léger gonflement de narines du roi de Navarre fut le seul indice de son attention croissante à ce détour
subit que faisait la conversation.

- Et votre ami le Florentin, dit Henri, sait des nouvelles de ces empoisonnements?

- Oui, Sire.

- Comment me confiez-vous un secret qui n'est pas le vôtre, René, surtout quand ce secret est si
important? dit Henri du ton le plus naturel qu'il put prendre.

- Cet ami a un conseil à demander à Votre Majesté.

- À moi?

- Qu'y a-t-il d'étonnant à cela, Sire? Rappelez-vous le vieux soldat d'Actium, qui, ayant un procès,
demandait un conseil à Auguste.

- Auguste était avocat, René, et je ne le suis pas.

- Sire, quand mon ami me confia ce secret, Votre Majesté appartenait encore au parti calviniste, dont
vous étiez le premier chef, et M. de Condé le second.

- Après? dit Henri.

- Cet ami espérait que vous useriez de votre influence toute puissante sur M. le prince de Condé pour le

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