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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 1

M. d'Alençon, pour obéir aux désirs de Marguerite, l'avait installé chez lui, mais ne l'avait point revu
depuis. Il se sentait tout à coup comme un pauvre enfant abandonné, privé des soins tendres, délicats et

charmants de deux femmes dont le souvenir seul de l'une dévorait incessamment sa pensée. Il avait bien

eu de ses nouvelles par le chirurgien Ambroise Paré, qu'elle lui avait envoyé; mais ces nouvelles,

transmises par un homme de cinquante ans, qui ignorait ou feignait d'ignorer l'intérêt que La Mole portait

aux moindres choses qui se rapportaient à Marguerite, étaient bien incomplètes et bien insuffisantes. Il

est vrai que Gillonne était venue une fois, en son propre nom, bien entendu, pour savoir des nouvelles du

blessé. Cette visite avait fait l'effet d'un rayon de soleil dans un cachot, et La Mole en était resté comme

ébloui, attendant toujours une seconde apparition, laquelle, quoiqu'il se fût écoulé deux jours depuis la

première, ne venait point.

Aussi, quand la nouvelle fut apportée au convalescent de cette réunion splendide de toute la cour pour le
lendemain, fit-il demander à M. d'Alençon la faveur de l'accompagner.

Le duc ne se demanda pas même si La Mole était en état de supporter cette fatigue; il répondit seulement:

- À merveille! Qu'on lui donne un de mes chevaux. C'était tout ce que désirait La Mole. Maître Ambroise
Paré vint comme d'habitude pour le panser. La Mole lui exposa la nécessité où il était de monter à cheval

et le pria de mettre un double soin à la pose des appareils. Les deux blessures, au reste, étaient refermées,

celle de la poitrine comme celle de l'épaule, et celle de l'épaule seule le faisait souffrir. Toutes deux

étaient vermeilles, comme il convient à des chairs en voie de guérison. Maître Ambroise Paré les

recouvrit d'un taffetas gommé fort en vogue à cette époque pour ces sortes de cas, et promit à La Mole

que, pourvu qu'il ne se donnât point trop de mouvement dans l'excursion qu'il allait faire, les choses

iraient convenablement.

La Mole était au comble de la joie. À part une certaine faiblesse causée par la perte de son sang et un
léger étourdissement qui se rattachait à cette cause, il se sentait aussi bien qu'il pouvait être. D'ailleurs,

Marguerite serait sans doute de cette cavalcade; il reverrait Marguerite, et lorsqu'il songeait au bien que

lui avait fait la vue de Gillonne, il ne mettait point en doute l'efficacité bien plus grande de celle de sa

maîtresse.

La Mole employa donc une partie de l'argent qu'il avait reçu en partant de sa famille à acheter le plus
beau justaucorps de satin blanc et la plus riche broderie de manteau que lui pût procurer le tailleur à la

mode. Le même lui fournit encore les bottes de cuir parfumé qu'on portait à cette époque. Le tout lui fut

apporté le matin, une demi-heure seulement après l'heure pour laquelle La Mole l'avait demandé, ce qui

fait qu'il n'eut trop rien à dire. Il s'habilla rapidement, se regarda dans un miroir, se trouva assez

convenablement vêtu, coiffé, parfumé pour être satisfait de lui- même; enfin il s'assura par plusieurs tours

faits rapidement dans sa chambre qu'à part plusieurs douleurs assez vives, le bonheur moral ferait taire

les incommodités physiques.

Un manteau cerise de son invention, et taillé un peu plus long qu'on ne les portait alors, lui allait
particulièrement bien.

Tandis que cette scène se passait au Louvre, une autre du même genre avait lieu à l'hôtel de Guise. Un
grand gentilhomme à poil roux examinait devant une glace une raie rougeâtre qui lui traversait

désagréablement le visage; il peignait et parfumait sa moustache, et tout en la parfumant, il étendait sur

cette malheureuse raie, qui, malgré tous les cosmétiques en usage à cette époque s'obstinait à reparaître, il

étendait, dis-je, une triple couche de blanc et de rouge; mais comme l'application était insuffisante, une

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