bibliotheq.net - littérature française
 

Alexandre Dumas père - La reine Margot, 1

elle, et l'on prétendait qu'au nombre des mystères qu'enfermait son incorruptible fidélité, il y en avait de
si terribles que c'étaient ceux-là qui la forçaient de garder les autres.

Aucune lumière n'était demeurée ni dans les chambres basses ni dans les corridors; de temps en temps
seulement un éclair livide illuminait les appartements sombres d'un reflet bleuâtre qui disparaissait

aussitôt.

Le duc, toujours guidé par sa conductrice qui le tenait par la main, atteignit enfin un escalier en spirale
pratiqué dans l'épaisseur d'un mur et qui s'ouvrait par une porte secrète et invisible dans l'antichambre de

l'appartement de Marguerite.

L'antichambre, comme les autres salles du bas, était dans la plus profonde obscurité.

Arrivés dans cette antichambre, Gillonne s'arrêta.

- Avez-vous apporté ce que désire la reine? demanda-t-elle à voix basse.

- Oui, répondit le duc de Guise; mais je ne le remettrai qu'à Sa Majesté elle-même.

- Venez donc et sans perdre un instant! dit alors au milieu de l'obscurité une voix qui fit tressaillir le duc,
car il la reconnut pour celle de Marguerite.

Et en même temps une portière de velours violet fleurdelisé d'or se soulevant, le duc distingua dans
l'ombre la reine elle-même, qui, impatiente, était venue au-devant de lui.

- Me voici, madame, dit alors le duc. Et il passa rapidement de l'autre côté de la portière qui retomba
derrière lui. Alors ce fut, à son tour, à Marguerite de Valois de servir de guide au prince dans cet

appartement d'ailleurs bien connu de lui, tandis que Gillonne, restée à la porte, avait, en portant le doigt à

sa bouche, rassuré sa royale maîtresse. Comme si elle eût compris les jalouses inquiétudes du duc,

Marguerite le conduisit jusque dans sa chambre à coucher; là elle s'arrêta.

- Eh bien, lui dit-elle, êtes-vous content, duc?

- Content, madame, demanda celui-ci, et de quoi, je vous prie?

- De cette preuve que je vous donne, reprit Marguerite avec un léger accent de dépit, que j'appartiens à un
homme qui, le soir de son mariage, la nuit même de ses noces, fait assez peu de cas de moi pour n'être

pas même venu me remercier de l'honneur que je lui ai fait non pas en le choisissant, mais en l'acceptant

pour époux.

- Oh! madame, dit tristement le duc, rassurez-vous, il viendra, surtout si vous le désirez.

- Et c'est vous qui dites cela, Henri, s'écria Marguerite, vous qui, entre tous, savez le contraire de ce que
vous dites! Si j'avais le désir que vous me supposez, vous eussé-je donc prié de venir au Louvre?

- Vous m'avez prié de venir au Louvre, Marguerite, parce que vous avez le désir d'éteindre tout vestige
de notre passé, et que ce passé vivait non seulement dans mon coeur, mais dans ce coffre d'argent que je

vous rapporte.

- Henri, voulez-vous que je vous dise une chose? reprit Marguerite en regardant fixement le duc, c'est
que vous ne me faites plus l'effet d'un prince, mais d'un écolier! Moi nier que je vous ai aimé! moi

vouloir éteindre une flamme qui mourra peut- être, mais dont le reflet ne mourra pas! Car les amours des

< page précédente | 12 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.