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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 1

- Mais, continua Marguerite, si vous êtes seul à Paris, sans amis, comment ferez-vous?

- Madame, j'en aurai beaucoup; car, tandis que j'étais poursuivi, j'ai pensé à ma mère, qui était catholique;
il m'a semblé que je la voyais glisser devant moi sur le chemin du Louvre, une croix à la main, et j'ai fait

voeu, si Dieu me conservait la vie, d'embrasser la religion de ma mère. Dieu a fait plus que de me

conserver la vie, madame; il m'a envoyé un de ses anges pour me la faire aimer.

- Mais vous ne pourrez marcher; avant d'avoir fait cent pas vous tomberez évanoui.

- Madame, je me suis essayé aujourd'hui dans le cabinet; je marche lentement et avec souffrance, c'est
vrai; mais que j'aille seulement jusqu'à la place du Louvre; une fois dehors, il arrivera ce qu'il pourra.

Marguerite appuya sa tête sur sa main et réfléchit profondément.

- Et le roi de Navarre, dit-elle avec intention, vous ne m'en parlez plus. En changeant de religion,
avez-vous donc perdu le désir d'entrer à son service?

- Madame, répondit La Mole en pâlissant, vous venez de toucher à la véritable cause de mon départ... Je
sais que le roi de Navarre court les plus grands dangers et que tout le crédit de Votre Majesté comme fille

de France suffira à peine à sauver sa tête.

- Comment, monsieur? demanda Marguerite; que voulez-vous dire et de quels dangers me parlez-vous?

- Madame, répondit La Mole en hésitant, on entend tout du cabinet où je suis placé.

- C'est vrai, murmura Marguerite pour elle seule, M. de Guise me l'avait déjà dit. Puis tout haut:

- Eh bien, ajouta-t-elle, qu'avez-vous donc entendu?

- Mais d'abord la conversation que Votre Majesté a eue ce matin avec son frère.

- Avec François? s'écria Marguerite en rougissant.

- Avec le duc d'Alençon, oui, madame; puis ensuite, après votre départ, celle de mademoiselle Gillonne
avec madame de Sauve.

- Et ce sont ces deux conversations...?

- Oui, madame. Mariée depuis huit jours à peine, vous aimez votre époux. Votre époux viendra à son tour
comme sont venus M. le duc d'Alençon et madame de Sauve. Il vous entretiendra de ses secrets. Eh bien,

je ne dois pas les entendre; je serais indiscret... et je ne puis pas... je ne dois pas... surtout je ne veux pas

l'être!

Au ton que La Mole mit à prononcer ces derniers mots, au trouble de sa voix, à l'embarras de sa
contenance, Marguerite fut illuminée d'une révélation subite.

- Ah! dit-elle, vous avez entendu de ce cabinet tout ce qui a été dit dans cette chambre jusqu'à présent?

- Oui, madame. Ces mots furent soupirés à peine.

- Et vous voulez partir cette nuit, ce soir, pour n'en pas entendre davantage?

- À l'instant même, madame! s'il plaît à Votre Majesté de me le permettre.

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