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Alexandre Dumas père - La reine Margot, 1
- Ah! tu me rassures, en vérité.
- Eh bien, Henriette, ce qui te rassure m'épouvante. Duchesse, il faut que je sois mariée.
- Quand cela?
- Demain.
- Ah! bah! vraiment! Pauvre amie! Et c'est nécessaire?
- Absolument.
- Mordi! comme dit quelqu'un de ma connaissance, voilà qui est fort triste.
- Tu connais quelqu'un qui dit: Mordi? demanda en riant Marguerite.
- Oui.
- Et quel est ce quelqu'un?
- Tu m'interroges toujours, quand c'est à toi de parler. Achève, et je commencerai.
- En deux mots, voici: le roi de Navarre est amoureux et ne veut pas de moi. Je ne suis pas amoureuse; mais je ne veux pas de lui. Cependant il faudrait que nous changeassions d'idée l'un et l'autre, ou que nous eussions l'air d'en changer d'ici à demain.
- Eh bien, change, toi! et tu peux être sûre qu'il changera, lui!
- Justement, voilà l'impossible; car je suis moins disposée à changer que jamais.
- À l'égard de ton mari seulement, j'espère!
- Henriette, j'ai un scrupule.
- Un scrupule de quoi?
- De religion. Fais-tu une différence entre les huguenots et les catholiques?
- En politique?
- Oui.
- Sans doute.
- Mais en amour?
- Ma chère amie, nous autres femmes, nous sommes tellement païennes, qu'en fait de sectes nous les admettons toutes, qu'en fait de dieux nous en reconnaissons plusieurs.
- En un seul, n'est-ce pas?
- Oui, dit la duchesse, avec un regard étincelant de paganisme; oui, celui qui s'appelle Éros, Cupido, Amor; oui, celui qui a un carquois, un bandeau et des ailes... Mordi! vive la dévotion!
- Cependant tu as une manière de prier qui est exclusive; tu jettes des pierres sur la tête des huguenots.
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