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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette

A ces mots, mademoiselle Trudchen jugea que le moment convenable était venu de prendre une seconde
fois la parole.

- Monsieur Fritz et mademoiselle Marie, dit-elle, vous savez bien que c'est l'enfant Jésus qui donne et
bénit tous ces beaux joujoux qu'on vous apporte. Ne désignez donc pas d'avance ceux que vous désirez,

car il sait mieux que vous-mêmes ceux qui peuvent vous être agréables.

- Ah! oui, dit Fritz, avec cela que, l'année passée, il ne m'a donné que de l'infanterie quand, ainsi que je
viens de le dire, il m'eût été très agréable d'avoir un escadron de hussards.

- Moi, dit Marie, je n'ai qu'à le remercier, car je ne demandais qu'une seule poupée, et j'ai encore eu une
jolie colombe blanche avec des pattes et un bec roses.

Sur ces entrefaites, la nuit étant arrivée tout à fait, de sorte que les enfants parlaient de plus bas en plus
bas, et qu'ils se tenaient toujours plus rapprochés l'un de l'autre, il leur semblait autour d'eux sentir les

battements d'ailes de leurs anges gardiens tout joyeux, et entendre dans le lointain une musique douce et

mélodieuse comme celle d'un orgue qui eût chanté, sous les sombres arceaux d'une cathédrale, la nativité

de Notre-Seigneur. Au même instant, une vive lueur passa sur la muraille, et Fritz et Marie comprirent

que c'était l'enfant Jésus qui, après avoir déposé leurs joujoux dans le salon, s'envolait sur un nuage d'or

vers d'autres enfants qui l'attendaient avec la même impatience qu'eux.

Aussitôt une sonnette retentit, la porte s'ouvrit avec fracas, et une telle lumière jaillit de l'appartement,
que les enfants demeurèrent éblouis, n'ayant que la force de crier:

- Ah! ah! ah!

Alors le président et la présidente vinrent sur le seuil de la porte, prirent Fritz et Marie par la main.

- Venez voir, mes petits amis, dirent-ils, ce que l'enfant Jésus vient de vous apporter.

Les enfants entrèrent aussitôt dans le salon, et mademoiselle Trudchen, ayant posé son tricot sur la chaise
qui était devant elle, les suivit.

L'arbre de Noël

Mes chers enfants, il n'est pas que vous ne connaissiez Susse et Giroux, ces grands entrepreneurs du
bonheur de la jeunesse; on vous a conduits dans leurs splendides magasins, et l'on vous a dit, en vous

ouvrant un crédit illimité: «Venez, prenez, choisissez.» Alors vous vous êtes arrêtés haletants, les yeux

ouverts, la bouche béante, et vous avez eu un de ces moments d'extase que vous ne retrouverez jamais

dans votre vie, même le jour où vous serez nommés académiciens, députés ou pairs de France. Eh bien, il

en fut ainsi que de vous de Fritz et de Marie, quand ils entrèrent dans le salon et qu'ils virent l'arbre de

Noël qui semblait sortir de la grande table couverte d'une nappe blanche, et tout chargé, outre ses

pommes d'or, de fleurs en sucre au lieu de fleurs naturelles, et de dragées et de pralines au lieu de fruits;

le tout étincelant au feu de cent bougies cachées dans son feuillage, et qui le rendaient aussi éclatant que

ces grands ifs d'illuminations que vous voyez les jours de fêtes publiques. A cet aspect, Fritz tenta

plusieurs entrechats qu'il accomplit de manière à faire honneur M. Pochette, son maître de danse, tandis

que Marie n'essayait pas même de retenir deux grosses larmes de joie, qui, pareilles à des perles liquides,

roulaient sur son visage épanoui comme sur une rose de mai.

Mais ce fut bien pis encore quand on passa de l'ensemble aux détails, que les deux enfants virent la table

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