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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette

- Oh! ce n'est rien, répondit le voyageur en riant.

Puis, regardant autour de lui pour voir si personne n'était portée d'entendre ce qu'il allait dire:

- C'est une perdrix que je viens de prendre au collet, dit-il; seulement, je suis arrivé à temps pour la
prendre vivante. Et vous, que portez-vous là?

- Vous le voyez bien, c'est une oie, et une belle, j'espère.

Et, tout fier de son oie, Nicolas la montra au braconnier.

Celui-ci regarda l'oie d'un air de dédain, la prit et la flaira.

- Hum! dit-il, quand comptez-vous la manger?

- Demain au soir, avec ma mère.

- Bien du plaisir! dit en riant le braconnier.

- Je m'en promets, en effet, du plaisir; mais pourquoi riez-vous?

- Je ris, parce que votre oie est bonne à manger aujourd'hui, et encore, encore, en supposant que vous
aimiez les oies faisandées.

- Diable! vous croyez? fit Nicolas.

- Mon cher ami, sachez cela pour votre gouverne: quand on achète une oie, on l'achète vivante; de cette
façon-là, on la tue quand on veut, et on la mange quand il convient: croyez-moi, si vous voulez tirer de

votre oie un parti quelconque, faites-la rôtir la première auberge que vous rencontrerez sur votre chemin,

et mangez-la jusqu'au dernier morceau.

- Non, dit Nicolas; mais faisons mieux: prenez mon oie, qui est morte, et donnez-moi votre perdrix, qui
est vivante: je la tuerai demain au matin, et elle sera bonne à manger demain au soir.

- Un autre te demanderait du retour; mais, moi, je suis bon compagnon; quoique ma perdrix soit vivante
et que ton oie soit morte, je te donne ma perdrix troc pour troc.

Nicolas prit la perdrix, la mit dans son mouchoir, qu'il noua par les quatre coins, et, pressé d'arriver le
plus tôt possible, il laissa son compagnon entrer dans une auberge pour y manger son oie, et continua sa

route à travers le village.

Au bout du village, il trouva un rémouleur.

Le rémouleur chantait, tout en repassant des couteaux et des ciseaux, le premier couplet d'une chanson
que connaissait Nicolas.

Nicolas s'arrêta et se mit à chanter le second couplet.

Le rémouleur chanta le troisième.

- Bon! lui dit Nicolas, du moment que vous êtes gai, c'est que vous étés content.

- Ma foi, oui! répondit le rémouleur; le métier va bien, et, chaque fois que je mets la main à la pierre, il

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