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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
grasse.
Pour passer le temps, Nicolas commença à parler de son bonheur et des échanges favorables qu'il avait faits.
De son côté, le jeune garçon lui raconta qu'il portait son oie pour festin de baptême.
- Pèse-moi cela par le cou, dit-il à Nicolas. Hein! est-ce lourd! Il est vrai que voilà huit semaines qu'on l'engraisse avec des châtaignes. Celui qui mordra là-dedans devra s'essuyer la graisse des deux côtés du menton.
- Oui, dit Nicolas en la soupesant d'une main, elle a son poids; mais mon cochon pèse bien vingt oies comme la tienne.
Le jeune garçon regarda de tous côtés d'un air pensif, et en secouant la tête:
- Écoute, dît-il à Nicolas, je ne te connais que depuis dix minutes, mais tu m'as l'air d'un brave garçon; il faut que ta saches une chose, c'est qu'il se pourrait qu'à l'endroit de ton cochon, tout ne fût pas bien en ordre: dans le village que je viens de traverser, on en a volé un au percepteur. Je crains fort que ce ne soit justement celui que tu mènes. Ils ont requis la maréchaussée et envoyé des gens pour poursuivre le voleur, et, tu comprends, ce serait une mauvaise affaire pour toi si l'on te trouvait conduisant ce cochon. Le moins qu'il pût t'arriver, ce serait d'être conduit en prison jusqu'au moment où l'affaire serait éclaircie.
A ces mots, la peur saisit Nicolas.
- Jésus Dieu! dit-il, tire-moi de ce mauvais pas, mon garçon; tu connais ce pays que j'ai quitté depuis quinze ans, de sorte que tu as plus de défense que moi. Donne-moi ton oie et prends mon cochon.
- Diable! fit le jeune garçon, je joue gros jeu; cependant, je ne puis laisser un camarade dans l'embarras.
Et, donnant son oie à Nicolas, il prit le cochon par la corde, et se jeta avec lui dans un chemin de traverse.
Nicolas continua sa route, débarrassé de ses craintes, et portant gaiement son oie sous son bras.
- En y réfléchissant bien, se disait-il, je viens, outre la crainte dont je suis débarrassé, de faire un marché excellent. D'abord, voilà une oie qui va me donner un rôti délicieux, et qui, tout en rôtissant, me donnera une masse de graisse avec laquelle je ferai des tartines pendant trois mois, sans compter les plumes blanches qui me confectionneront un bon oreiller, sur lequel, dès demain au soir, je vais dormir sans être bercé. Oh! c'est ma mère qui sera contente, elle qui aime tant l'oie!
Il achevait à peine ces paroles, qu'il se trouva côte à côte avec un homme qui portait un objet enfermé dans sa cravate, qu'il tenait pendue à la main.
Cet objet gigottait de telle façon, et imprimait à la cravate de tels balancements, qu'il était évident que c'était un animal vivant, et que cet animal regrettait fort sa liberté.
- Qu'avez-vous donc là, compagnon? demanda Nicolas.
- Où, là? fit le voyageur.
- Dans votre cravate.
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