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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
qui avait bien encore deux lieues de longueur.
La chaleur était si insupportable, que le pauvre Nicolas en tirait la langue de trois pouces hors de la bouche.
- Il y a un remède à cela, se dit Nicolas: je vais traire ma vache et me régaler de lait.
Il attacha la vache à un arbre desséché, et, comme il n'avait pas de seau, il posa à terre son bonnet de cuir; mais, quelque peine qu'il se donnât, il ne put faire sortir une goutte de lait de la mamelle de la bête.
Ce n'était pas que la vache n'eût point de lait, mais Nicolas s'y prenait mal, si mal, que la bête rua, comme on dit, en vache, et, d'un de ses pieds de derrière, lui donna un tel coup à la tête, qu'elle le renversa, et qu'il fut quelque temps à rouler droite et à gauche, sans parvenir à se remettre sur ses pieds.
Par bonheur, un charcutier vint à passer avec sa charrette, où il y avait un porc.
- Eh! eh! demanda le charcutier, qu'y a-t-il donc, mon ami? es-tu ivre?
- Non pas, dit Nicolas, au contraire, je meurs de soif.
- Cela ne serait pas une raison: nul n'est plus altéré qu'un ivrogne; au reste, et à tout hasard, mon pauvre garçon, bois un coup.
Il aida Nicolas à se remettre sur ses pieds et lui présenta sa gourde.
Nicolas l'approcha de sa bouche et y but une large gorgée.
Puis, ayant reprit ses sens:
- Voulez-vous me dire, demanda-t-il au charcutier, pourquoi ma vache ne donne pas de lait?
Le charcutier se garda bien de lui dire que c'était parce qu'il ne savait point la traire.
- Ta vache est vieille, lui dit-il, et n'est plus bonne à rien.
- Pas même à tuer? demanda Nicolas.
- Qui diable veux-tu qui mange de la vieille vache? Autant manger de la vache enragée!
- Ah! dit Nicolas, si j'avais un joli petit porc comme celui-ci, à la bonne heure! cela est bon depuis les pieds jusqu'à la tête: avec la chair, on fait du salé; avec les entrailles, on fait des andouillettes; avec le sang, on fait du boudin.
- Écoute, dit le charcutier, pour t'obliger... mais c'est purement et simplement pour t'obliger... je te donnerai mon porc, si ta veux me donner ta vache.
- Que Dieu te récompense, brave homme! dit Nicolas.
Et, remettant sa vache au charcutier, il descendit le porc de la charrette et prit le bout de la corde pour le conduire.
Nicolas continua sa route en songeant combien tout allait selon ses désirs.
Il n'avait pas fait cinq cents pas, qu'un jeune garçon le rattrapa. Celui-ci portait sous son bras une oie
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