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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette

- Lequel? fit Nicolas.

- Je te donne mon cheval, donne-moi ton lingot d'or.

- De tout mon coeur, dit Nicolas; mais, je vous préviens, il est lourd en diable.

- Bon! ce n'est point là ce qui empêchera le marché de se faire, dit le cavalier.

Et il descendit de son cheval, prit le lingot d'or, aida Nicolas à monter sur la bête et lui mit la bride en
main.

- Quand tu voudras aller doucement, dit le cavalier, tu tireras la bride à toi en disant: «Oh!» Quand ta
voudras aller vite, tu lâcheras la bride en disant: «Hop!

Le cavalier, devenu piéton, s'en alla avec son lingot; Nicolas, devenu cavalier, continua son chemin avec
son cheval.

Nicolas ne se possédait pas de joie en se sentant si carrément assis sur sa selle; il alla d'abord au pas, car
il était assez médiocre cavalier, puis au trot, puis il s'enhardit et pensa qu'il n'y aurait pas de mal à faire

un petit temps de galop.

Il lâcha donc la bride et fit clapper sa langue en criant:

- Hop! hop!

Le cheval fit un bond, et Nicolas roula à dix pas de lui.

Puis, débarrassé de son cavalier, le cheval partit à fond de train, et Dieu sait où il se fût arrêté, si un
paysan qui conduisait une vache ne lui eût barré le chemin.

Nicolas se releva, et, tout froissé, se mit à courir après le cheval, que le paysan tenait par la bride; mais,
tout triste de sa déconfiture, il dit au brave homme:

- Merci, mon ami!... C'est une sotte chose que d'aller à cheval, surtout quand on a une rosse comme
celle-ci, qui rue, et, en ruant, vous démonte son homme de manière à lui casser le cou. Quant à moi, je

sais bien une chose, c'est que jamais je ne remonterai dessus. Ah! continua Nicolas avec un soupir,

j'aimerais bien mieux une vache; on la suit à son aise par derrière, et l'on a, en outre, son lait par-dessus

le marché, sans compter le beurre et le fromage. Foi de Nicolas! je donnerais bien des choses pour avoir

une vache comme la vôtre.

- Eh bien, dit le paysan, puisqu'elle vous plaît tant, prenez-la; je consens à l'échanger contre votre cheval.

Nicolas fut transporté de joie: il prit la vache par son licol; le paysan enfourcha le cheval et disparut.

Et Nicolas se remit en route, chassant la vache devant lui, et songeant à l'admirable marché qu'il qu'il
venait de faire.

Il arriva à une auberge, et, dans sa joie, il mangea tout ce qu'il avait emporté de chez son maître,
c'est-à-dire un excellent morceau de pain et de fromage; puis, comme il avait deux liards dans sa poche, il

se fit servir un demi-verre de bière et continua de conduire sa vache du côté de son village

Vers midi, la chaleur devint étouffante, et, juste en ce moment, Nicolas se trouvait au milieu d'une lande

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