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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette

son frère Carl, si riche et si égoïste; celui-ci, après une explication de quelques mots, découvrit qu'il avait
voyagé, avec le gnome, pendant plus d'une année, ce qui lui parut inconcevable; toutefois, Wilhelm lui

affirma que rien n'était plus réel, et l'assura en même temps qu'il était disposé à le recevoir dans sa

maison, et à lui accorder, avec l'oubli complet de ses fautes passées, tout ce que l'affection sincère est

toujours prête à donner. Cette assurance fut un baume salutaire pour les blessures physiques et morales

de Carl repentant. Wilhelm partit, le laissant reposer ses membres endoloris dans le lit doux et commode

des villageois.

Le matin du jour suivant, la honte au visage, Carl s'achemina vers le seuil bien connu de son ancienne
demeure; mais son pied avait à peine touché la première marche de l'escalier, que sa soeur accourut se

jeter dans ses bras et l'embrasser; il cacha sa figure dans le sein de cette généreuse femme et pleura

abondamment.

Le gnome, qui n'avait pas cessé de le suivre, avec l'espoir qu'il retomberait en son pouvoir, s'arrêta
soudain à ce touchant spectacle; et, tandis qu'il les contemplait tous deux d'un air de dépit, il devint

graduellement de moins en moins visible l'oeil, jusqu'à ce qu'il s'évanouit tout à fait.

Le démon de l'égoïsme était parti pour jamais, et Carl rendit de sincères actions de grâces à Dieu, pour la
terrible épreuve qui avait causé ce changement, et lui avait démontré qu'en s'occupant charitablement des

intérêts et du bien-être des autres, il travaillait pour lui-même, et concourait le plus efficacement son

propre bonheur. Il avait donc, en réalité, découvert un trésor mille fois plus précieux que tout l'or de la

terre.

FIN DE L'ÉGOÏSTE

NICOLAS LE PHILOSOPHE

Après avoir servi son maître pendant sept ans, Nicolas lui dit:

- Maître, j'ai fait mon temps, je voudrais bien retourner près de ma mère; donnez-moi mes gages.

- Tu m'as servi fidèlement comme intelligence et probité, répondit le maître de Nicolas; la récompense
sera en rapport avec le service.

Et il lui donna un lingot d'or, qui pouvait bien peser cinq ou six livres. Nicolas tira son mouchoir de sa
poche, y enveloppa le lingot, le chargea sur son épaule et se mit en route pour la maison paternelle.

En cheminant et en mettant toujours une jambe devant l'autre, il finit par croiser un cavalier qui venait à
lui, joyeux et frais, et monté sur un beau cheval.

- Oh! dit tout haut Nicolas, la belle chose que d'avoir un cheval! On monte dessus, on est dans sa selle
comme sur un fauteuil, on avance sans s'en apercevoir, et l'on n'use pas ses souliers.

Le cavalier, qui l'avait entendu, lui cria:

- Hé! Nicolas, pourquoi vas-tu donc à pied?

- Ah! ne m'en parlez point, répondit Nicolas; ça me fait d'autant plus de peine, que j'ai là, sur l'épaule, un
lingot d'or qui me pèse tellement, que je ne sais à quoi tient que je ne le jette dans le fossé.

- Veux-tu faire un échange? demanda le cavalier.

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