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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
- Ah! c'est excellent! fit le gnome sans s'émouvoir. Nous allons voir, mon garçon! Quant à moi, je sois parfaitement à mon aise, et vous vous apercevrez, lorsque vous me connaîtrez davantage, que je supporte avec une philosophie admirable les malheurs des autres; venez, Carl, mon bon ami.
Cet horrible venez commençait à avoir pour Carl une terrible signification; mais, de même qu'auparavant, il fut forcé d'obéir. Il marcha toujours, toujours, jusqu'à ce que ses dents claquassent de froid; il s'aperçut alors que le riant et chaud paysage était devenu aride comme en hiver; et il jugea, d'après la quantité de pics neigeux se perdant dans les nuages qu'il voyait autour de lui, qu'une grande mer devait être proche; transi au point de pouvoir à peine se traîner, il conjura le gnome de prendre quelques instants de repos; à la fin, ce dernier s'assit.
- Je ne m'arrête que pour vous obliger, dit-il; mais je crois que l'immobilité prolongée serait pour vous chose dangereuse.
A ces mots, il exhiba une pipe qui paraissait beaucoup trop grande pour avoir jamais pu entrer dans sa poche; il l'alluma, et commença de fumer tout comme s'il était installé confortablement au coin du feu, chez Carl. Le pauvre Carl le regarda faire pendant quelque temps, avec ses dents qui s'entrechoquaient, et ses membres endoloris; ensuite, il le pria de lui laisser aspirer une ou deux chaudes bouffées de sa pipe embrasée.
- Je n'oserais pas, Carl: c'est du tabac de démon, beaucoup trop fort pour vous. Chauffez vos doigts à la fumée, si vous pouvez. Je ne puis comprendre ce qui vous manque; moi, je me trouve parfaitement à mon aise; mais vous n'êtes pas philosophe!
Carl gémit, et ne répondit rien à l'imperturbable fumeur.
Après avoir fumé très longtemps, le gnome secoua sur le bout de sa botte les cendres de sa pipe, et dit à Carl, grelottant, avec le sourire le plus affectueux:
- Mon bon ami, vous avez, en vérité, bien mauvaise mine! peut-être ferions-nous bien de nous remettre à marcher.
Il se leva sur-le-champ, et le pauvre Carl le suivit en trébuchant.
- Nous aurons plus chaud tout à l'heure, mon cher ami, fit-il en se tournant vers Carl, qui poussa un grognement sourd en manière de réplique; car il sentait son impuissance à se soustraire à son sort.
Ils eurent, en effet, bientôt plus chaud; la glace disparut, la terre était couverte de verdure, émaillée en profusion de fleurs embaumées; des guirlandes de ceps de vigne, couverts de grappes ravissantes, groupées sur les branches étendues, séduisaient l'oeil. Ils gravirent la montagne péniblement... c'est-à-dire péniblement pour Carl; car, pour le gnome, descendre ou monter était aussi facile l'un que l'autre. A la fin, la montagne devint aride et desséchée; les cendres craquaient sous leurs pieds, et des vapeurs nauséabondes s'échappaient de la terre crevassée.
- Je serais curieux de savoir où nous allons maintenant, se dit Carl en grommelant.
Il avait fini par découvrir que parler à ce démon était une peine inutile et une perte de temps. Son incertitude ne dura pas longtemps, car les mugissements d'un énorme volcan retentirent bientôt à ses oreilles, et des pierres plurent sur sa tête et sur ses épaules. Il se traîna de rocher en rocher, exposé à chaque instant aux plus grands périls; la terre se dérobait sous ses pas d'une manière effrayante, la famée
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