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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
massepains et les plus excellents bonbons qu'elle eût mangés de sa vie, si ce n'est cependant ceux qu'elle avait goûtés dans le royaume des poupées. Quant à Fritz, le neveu du conseiller de médecine, comme s'il eût pu deviner les goûts guerriers du fils du président, il lui apportait un sabre du plus fin damas. Ce n'est pas tout. A table, et lorsqu'on fut arriv au dessert, l'aimable créature cassa des noisettes pour toute la société; les plus dures ne lui résistaient pas une seconde: de la main droite, il les plaçait entre ses dents; de la gauche, il tirait sa tresse, et, crac! la noisette tombait en morceaux.
Marie était devenue fort rouge quand elle avait aperçu ce joli petit bonhomme; mais elle devint plus rouge encore lorsque, le dîner fini, il l'invita à passer avec lui dans la chambre l'armoire vitrée.
- Allez, allez, mes enfants, et amusez-vous ensemble, dit le parrain; je n'ai plus besoin au salon, puisque toutes les horloges de mon ami le président vont bien.
Les deux jeunes gens entrèrent au salon; mais à peine le jeune Drosselmayer fut-il seul avec Marie, qu'il mit un genou en terre et lui parla ainsi:
- Oh! mon excellente demoiselle Silberhaus! vous voyez ici vos pieds l'heureux Drosselmayer, à qui vous sauvâtes la vie cette même place. Vous eûtes, en outre, la bonté de dire que vous ne m'eussiez pas repoussé comme l'a fait la vilaine princesse Pirlipate, si, pour vous servir, j'étais devenu affreux. Or, comme le sort qu'avait jeté sur moi la reine des souris devait perdre toute son influence du jour où, malgré ma laide figure, je serais aimé d'une jeune et jolie personne, je cessai à l'instant même d'être un stupide casse-noisette, et je repris ma forme première, qui n'est pas désagréable, comme voua pouvez le voir. Ainsi donc, ma chère demoiselle, si vous êtes toujours dans les mêmes sentiments à mon égard, faites-moi la grâce de m'accorder votre main bien-aimée, partagez mon trône et ma couronne, et régnez avec moi sur le royaume des poupées; car, à cette, heure, j'en suis redevenu le roi.
Alors Marie releva doucement le jeune Drosselmayer, et lui dit:
- Vous êtes un aimable et bon roi, Monsieur, et, comme vous avez avec cela un charmant royaume, orné de palais magnifiques, et peuplé de sujets très gais, je vous accepte, sauf la ratification de mes parents, pour mon fiancé.
Là-dessus, comme la porte du salon s'était ouverte tout doucement, sans que les jeunes gens y fissent attention, tant ils étaient préoccupés de leurs sentiments, le président, la présidente et le parrain Drosselmayer s'avancèrent, criant bravo de toutes leurs forces; ce qui rendit Marie rouge comme une cerise, mais ce qui ne déconcerta nullement le jeune homme, lequel s'avança vers le président et la présidente, et, avec un salut gracieux, leur fit un joli compliment, par lequel il sollicitait la main de Marie, qui lui fut accordée à l'instant.
Le même jour, Marie fut fiancée au jeune Drosselmayer, à la condition que le mariage ne se ferait que dans un an.
Au bout d'un an, le fiancé revint chercher sa femme dans une petite voiture de nacre incrustée d'or et d'argent, traînée par des chevaux qui n'étaient pas plus gros que des moutons, et qui valaient un prix inestimable, vu qu'ils n'avaient pas leurs pareils dans le monde, et il l'emmena dans le palais de Massepains, où ils furent mariés par le chapelain du château, et où vingt-deux mille petites figures, toutes couvertes de perles, de diamants et de pierreries éblouissantes, dansèrent à leur noce. Si bien qu'à l'heure qu'il est, Marie est encore reine du beau royaume où l'on aperçoit partout de brillantes forêts de Noël, des fleuves d'orangeade, d'orgeat et d'essence de rose, des palais diaphanes en sucre plus fin que la neige et
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