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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
essais en ce genre, attendaient ce moment avec une grande impatience.
On doit comprendre qu'arrivé à ce degré de science en mécanique, parrain Drosselmayer était un homme précieux pour ses amis. Aussi une pendule tombait-elle malade dans la maison du président Silberhaus, et, malgré le soin des horlogers ordinaires, ses aiguilles venaient-elles à cesser de marquer l'heure; son tic-tac, à s'interrompre; son mouvement, à s'arrêter; on envoyait prévenir le parrain Drosselmayer, lequel arrivait aussitôt tout courant, car c'était un artiste ayant l'amour de son art, celui-là. Il se faisait conduire auprès de la morte qu'il ouvrait à l'instant même, enlevant le mouvement qu'il plaçait entre ses deux genoux; puis alors, la langue passant par un coin de ses lèvres, son oeil unique brillant comme une escarboucle, sa perruque de verre posée à terre, il tirait de sa poche une foule de petits instruments sans nom, qu'il avait fabriqués lui-même et dont lui seul connaissait la propriété, choisissait les plus aigus, qu'il plongeait dans l'intérieur de la pendule, acuponcture qui faisait grand mal à la petite Marie, laquelle ne pouvait croire que la pauvre horloge ne souffrît pas de ces opérations, mais qui, an contraire, ressuscitait la gentille trépanée, qui, dès qu'elle était replacée dans son coffre, ou entre ses colonnes, ou sur son rocher, se mettait à vivre, battre et à ronronner de plus belle; ce qui rendait aussitôt l'existence à l'appartement, qui semblait avoir perdu son âme en perdant sa joyeuse pensionnaire.
Il y a plus: sur la prière de la petite Marie, qui voyait avec peine le chien de la cuisine tourner la broche, occupation très-fatigante pour le pauvre animal, le parrain Drosselmayer avait consenti à descendre des hauteurs de sa science pour fabriquer un chien automate, lequel tournait maintenant la broche sans aucune douleur ni aucune convoitise, tandis que Turc, qui, au métier qu'il avait fait depuis trois ans, était devenu très-frileux, se chauffait en véritable rentier le museau et les pattes, sans avoir autre chose à faire que de regarder son successeur, qui, une fois remonté, en avait pour une heure faire sa besogne gastronomique sans qu'on eût à s'occuper seulement de lui.
Aussi, après le président, après la présidente, après Fritz et après Marie, Turc était bien certainement l'être de la maison qui aimait et vénérait le plus le parrain Drosselmayer, auquel il faisait grande fête toutes les fois qu'il le voyait arriver, annonçant même quelquefois, par ses aboiements joyeux et par le frétillement de sa queue, que le conseiller de médecine était en route pour venir, avant même que le digne parrain eût touché le marteau de la porte.
Le soir donc de cette bienheureuse veille de Noël, au moment o le crépuscule commençait à descendre, Fritz et Marie, qui, de toute la journée, n'avaient pu entrer dans le grand salon d'apparat, se tenaient accroupis dans un petit coin de la salle manger.
Tandis que mademoiselle Trudchen, leur gouvernante, tricotait près de la fenêtre, dont elle s'était approchée pour recueillir les derniers rayons du jour, les enfants étaient pris d'une espèce de terreur vague, parce que, selon l'habitude de ce jour solennel, on ne leur avait pas apporté de lumière; de sorte qu'ils parlaient bas comme on parle quand on a un petit peu peur.
- Mon frère, disait Marie, bien certainement papa et maman s'occupent de notre arbre de Noël; car, depuis le matin, j'entends un grand remue-ménage dans le salon, où il nous est défendu d'entrer.
- Et moi, dit Fritz, il y a dix minutes à peu près que j'ai reconnu; à la manière dont Turc aboyait, que le parrain Drosselmayer entrait dans la maison.
- O Dieu! s'écria Marie en frappant ses deux petites mains l'une contre l'autre, que va-t-il nous apporter, ce bon parrain? Je suis sûre, moi, que ce sera quelque beau jardin tout plant d'arbres, avec une belle rivière qui coulera sur un gazon brod de fleurs. Sur cette rivière, il y aura des cygnes d'argent avec des
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