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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
mais mes jeunes lecteurs, et surtout mes jeunes lectrices, comprendront que, lorsqu'on a voyagé une fois dans un pays aussi attrayant que le royaume des poupées, et qu'on a vu une ville aussi succulente que Confiturembourg, ne l'eût-on vue qu'une heure, on ne perd pas facilement un pareil souvenir; elle essaya donc de parler à son frère de toute son histoire. Mais Marie avait perdu toute sa confiance du moment où elle avait osé dire que ses hussards avaient pris la fuite; en conséquence, convaincu, sur l'affirmation paternelle, que Marie avait menti, Fritz rendit ses officiers les grades qu'il leur avait enlevés, et permit ses trompettes de jouer de nouveau la marche des hussards de la garde, réhabilitation qui n'empêcha pas Marie de croire ce qu'il lui plut sur leur courage.
Marie n'osait donc plus parler de ses aventures; cependant, les souvenirs du royaume des poupées l'assiégeaient sans cesse, et, lorsqu'elle arrêtait son esprit sur ces souvenirs, elle revoyait tout, comme si elle eût été encore ou dans la forêt de Noël, ou sur le fleuve d'essence de rose, ou dans la ville de Confiturembourg; de sorte qu'au lieu de jouer comme auparavant avec ses joujoux, elle s'asseyait immobile et silencieuse, tout ses réflexions intérieures, et que tout le monde l'appelait la petite rêveuse.
Mais, un jour que le conseiller de médecine, sa perruque de verre posée sur le parquet, sa langue passée dans le coin de sa bouche, les manches de sa redingote jaune retroussée, réparait, à l'aide d'un long instrument pointu, quelque chose qui était désorganis dans une pendule, il arriva que Marie, qui était assise près de l'armoire vitrée, et qui, selon son habitude, regardait Casse-Noisette, se plongea si bien dans ses rêveries, que, oubliant tout à coup que, non-seulement le parrain Drosselmayer, mais encore sa mère, étaient là, il lui échappa involontairement de s'écrier:
- Ah! cher monsieur Drosselmayer! si vous n'étiez pas un bonhomme de bois, comme le soutient mon père, et si vous existiez véritablement, que je ne ferais pas comme la princesse Pirlipate, et que je ne vous délaisserais pas parce que, pour m'obliger, vous auriez cessé d'être un charmant jeune homme; car je vous aime véritablement, moi, ah!...
Mais à peine venait-elle de pousser ce soupir, qu'il se fit par la chambre un tel tintamarre, que Marie se renversa tout évanouie du haut de sa chaise à terre.
Quand elle revint à elle, Marie se trouvait entre les bras de sa mère, qui lui dit:
- Comment est-il possible qu'une grande fille comme toi, je te le demande, soit assez bête pour se laisser tomber en bas de sa chaise, et cela juste au moment où le neveu de M. Drosselmayer, qui a terminé ses voyages, vient d'arriver à Nuremberg?... Voyons, essuie tes yeux et sois gentille.
En effet, Marie essuya ses yeux, et, les tournant vers la porte, qui s'ouvrait en ce moment, elle aperçut le conseiller de médecine, sa perruque de verre sur la tête, son chapeau sous le bras, sa redingote jaune sur le dos, qui souriait d'un air satisfait, et tenait par la main un jeune homme très-petit, mais fort bien tourné et tout à fait joli.
Ce jeune homme portait une superbe redingote de velours rouge, brodé d'or, des bas de soie blancs et des souliers lustrés avec le plus beau vernis. Il avait à son jabot un charmant bouquet de fleurs, et était très-coquettement frisé et poudré, tandis que derrière son dos pendait une tresse nattée avec la plus grande perfection. En outre, la petite épée qu'il avait au cote semblait être toute de pierres précieuses, et le chapeau qu'il portait sous le bras était tissu de la plus fine soie.
Les moeurs aimables de ce jeune homme se firent connaître sur-le-champ; car à peine fut-il entré, qu'il déposa aux pieds de Marie une quantité de magnifiques joujoux, mais principalement les plus beaux
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