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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette

Les éclats de rire redoublèrent de telle façon, que Marie comprit qu'il lui fallait donner une preuve de la
vérité de ce qu'elle avait dit, sous peine d'être traitée comme une folle.

Elle passa alors dans la chambre voisine, et y prit une petite cassette dans laquelle elle avait
soigneusement enfermé les sept couronnes du roi des souris; puis elle revint en disant:

- Tiens, chère maman, voici cependant les couronnes du roi des souris, que Casse-Noisette m'a données
la nuit dernière en signe de sa victoire.

La présidente alors, pleine de surprise, prit et regarda ces petites couronnes, qui, en métal inconnu et fort
brillant, étaient ciselées avec une finesse dont les mains humaines n'eussent point été capables. Le

président lui-même ne pouvait cesser de les examiner, et les jugeait si précieuses, que, quelles que

fussent les instances de Fritz, qui se dressait sur la pointe des pieds pour les voir, et qui demandait à les

toucher, il ne voulut pas lui en confier une seule.

Alors le président et la présidente se mirent à presser Marie de leur dire d'où venaient ces petites
couronnes; mais elle ne pouvait que persister dans ce qu'elle avait dit; et, quand son père, impatienté de

ce qu'il croyait un entêtement de sa part, l'eut appelée menteuse, elle se mit à fondre en larmes et s'écrier:

- Hélas! pauvre enfant que je suis, que voulez-vous que je vous dise?

En ce moment, la porte s'ouvrit; le conseiller de médecine parut, et s'écria à son tour:

- Mais qu'y a-t-il donc? et qu'a-t-on fait à ma filleule Marie, qu'elle pleure, qu'elle sanglote ainsi?
Qu'est-ce que c'est? qu'est-ce c'est donc?

Le président instruisit le nouveau venu de tout ce qui était arrivé, et, le récit terminé, il lui montra les
couronnes; mais peine les eut-il vues, qu'il se mit à rire.

- Ah! ah! dit-il, la plaisanterie est bonne! ce sont les sept couronnes que je portais à la chaîne de ma
montre, il y a quelques années, et dont je fis présent à ma filleule le jour du deuxième anniversaire de sa

naissance; ne vous le rappelez-vous pas, cher président?

Mais le président et la présidente eurent beau chercher dans leur mémoire, ils n'avaient gardé aucun
souvenir de ce fait; cependant, s'en rapportant à ce que disait le parrain, leurs figures reprirent peu à peu

leur expression de bonté ordinaire; ce que voyant Marie, elle s'élança vers le conseiller de médecine en

s'écriant:

- Mais tu sais tout cela, toi, parrain Drosselmayer; avoue donc que Casse-Noisette est ton neveu, et que
c'est lui qui m'a donn ces sept couronnes.

Mais parrain Drosselmayer parut prendre fort mal la chose; son front se plissa, et sa figure s'assombrit de
telle façon, que le président, appelant la petite Marie, et la prenant entre ses jambes, lui dit:

- Écoute-moi, ma chère enfant, car c'est sérieusement que je te parle: fais-moi le plaisir, une fois pour
toutes, de mettre de côté ces folles imaginations; car, s'il t'arrive encore de dire que ton vilain et informe

Casse-Noisette est le neveu de notre ami le conseiller de médecine, je te préviens que je jetterai

non-seulement M. Casse-Noisette, mais encore toutes les autres poupées, mademoiselle Claire comprise,

par la fenêtre.

La pauvre Marie n'osa donc plus parler de toutes les belles choses dont son imagination était remplie;

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