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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
dit:
- Chère libératrice de mon frère, pilez-moi, je vous prie, de ce sucre candi.
Marie s'empressa de se rendre à l'invitation, et, tandis qu'elle frappait si gentiment dans le mortier, qu'il en sortait une mélodie charmante, Casse-Noisette se mit à raconter dans le plus grand détail toutes ses aventures; mais, chose étrange, il semblait à Marie, pendant ce récit, que peu à peu les mots du jeune Drosselmayer, ainsi que le bruit du mortier, n'arrivaient plus qu'indistinctement à son oreille; bientôt, elle se vit enveloppée comme d'une légère vapeur; puis la vapeur se changea en une gaze d'argent, qui s'épaissit de plus en plus autour d'elle, et qui peu à peu lui déroba la vue de Casse-Noisette et des princesses ses soeurs. Alors des chants étranges, qui lui rappelaient ceux qu'elle avait entendus sur le fleuve d'essence de rose, se firent entendre mêlés au murmure croissant des eaux; puis il sembla à Marie que les vagues passaient sous elle et la soulevaient en se gonflant. Elle sentit qu'elle montait haut, plus haut, bien plus haut, plus haut encore, et prrrrrrrrou! et, paff! qu'elle tombait d'une hauteur qu'elle ne pouvait mesurer.
Conclusion
On ne fait pas une chute de quelques mille pieds sans se réveiller; aussi Marie se réveilla, et, en se réveillant, se retrouva dans son petit lit. Il faisait grand jour, et sa mère était près d'elle, lui disant:
- Est-il possible d'être aussi paresseuse que tu l'es? Voyons, réveillons-nous; habillons-nous bien vite, car le déjeuner nous attend.
- Oh! chère petite mère, dit Marie eu ouvrant ses grands yeux étonnés, où donc m'a conduit cette nuit le jeune M. Drosselmayer, et quelles admirables choses ne m'a-t-il pas fait voir?
Alors Marie raconta tout ce que nous venons de raconter nous-même, et, lorsqu'elle eut fini, sa mère lui dit:
- Tu as fait là un bien long et bien charmant rêve, chère petite Marie; mais, maintenant que tu es réveillée, il faudrait oublier tout cela, et venir faire ton premier déjeuner.
Mais Marie, tout en s'habillant, persista à soutenir que ce n'était point un rêve, et qu'elle avait bien réellement va tout cela. Sa mère alors alla vers l'armoire, prit Casse-Noisette, qui était, comme d'habitude, sur son troisième rayon, rapporta la petite fille, et lui dit:
- Comment peux-tu t'imaginer, folle enfant, que cette poupée, qui est composée de bois et de drap, puisse avoir la vie, le mouvement et la réflexion?
- Mais, chère maman, reprit avec impatience la petite Marie, je sais parfaitement, moi, que Casse-Noisette n'est autre que le jeune M. Drosselmayer, neveu du parrain.
Alors Marie entendit un grand éclat de rire derrière elle.
C'étaient le président, Fritz et mademoiselle Trudchen qui s'en donnaient à coeur joie à ses dépens.
- Ah! s'écria Marie, ne voilà-t-il pas que tu te moques aussi de mon Casse-Noisette, cher papa? Il a cependant respectueusement parlé de toi, quand nous sommes entrés dans le palais de Massepains, et qu'il m'a présentée aux princesses ses soeurs.
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