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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
- Hélas! dit-il, il y a peu de temps que ce palais a été menac de grandes dégradations, si ce n'est d'une ruine entière. Le géant Bouche-Friande mordit légèrement cette tour, et il avait même déjà commencé de grignoter la coupole, lorsque les Confiturembourgeois vinrent lui apporter en tribut un quartier de la ville, nommé Nougat, et une grande portion de la forêt Angélique; moyennant quoi, il consentit à s'éloigner, sans avoir fait d'autres dégâts que celui que vous voyez.
Dans ce moment, on entendit une douce et charmante musique.
Les portes du palais s'ouvrirent d'elles-mêmes, et douze petits pages en sortirent, portant dans leurs mains des brins d'herbe aromatique, allumés en guise de flambeaux; leurs têtes étaient composées d'une perle; six d'entre eux avaient le corps fait de rubis et six autres d'émeraudes, et avec cela ils trottaient fort joliment sur deux petits pieds d'or ciselés avec le plus grand soin et dans le goût de Benvenuto Cellini.
Ils étaient suivis de quatre dames de la taille tout au plus de mademoiselle Clairchen, sa nouvelle poupée, mais si splendidement vêtues, si richement parées, que Marie ne put méconnaître en elles les princesses royales de Confiturembourg. Toutes quatre, en apercevant Casse-Noisette, s'élancèrent à son cou avec la plus tendre effusion, s'écriant en même temps et d'une seule voix:
- O mon prince! mon excellent prince! ... O mon frère! mon excellent frère!
Casse-Noisette paraissait fort touché; il essuya les nombreuses larmes qui coulaient de ses yeux, et, prenant Marie par la main il dit pathétiquement, en s'adressant aux quatre princesses:
- Mes chères soeurs, voici mademoiselle Marie Silberhaus que je vous présente; c'est la fille de M. le président Silberhaus, de Nuremberg, homme fort considéré dans la ville qu'il habite. C'est elle qui a sauvé ma vie; car, si, au moment où je venais de perdre la bataille, elle n'avait pas jeté sa pantoufle an roi des souris, et si, plus tard, elle n'avait pas eu la bonté de me prêter le sabre d'un major mis à la retraite par son frère, je serais maintenant couché dans le tombeau, ou, qui pis est encore, dévoré par le roi des souris. Ah! chère demoiselle Silberhaus, s'écria Casse-Noisette dans un enthousiasme qu'il ne pouvait plus maîtriser, Pirlipate, la princesse Pirlipate, toute fille du roi qu'elle était, n'était pas digne de dénouer les cordons de vos jolis petits souliers.
- Oh! non, non, bien certainement, répétèrent en choeur les quatre princesses.
Et, se jetant au cou de Marie, elles s'écrièrent:
- O noble libératrice de notre cher et bien-aimé prince et frère! ô excellente demoiselle Silberhaus!
Et, avec ces exclamations, que leur coeur gonflé de joie ne leur permettait pas de développer davantage, les quatre princesses conduisirent Marie et Casse-Noisette dans l'intérieur du palais, les forcèrent de s'asseoir sur de charmants petits canapés en bois de cèdre et du Brésil, parsemés de fleurs d'or, disant qu'elles voulaient elles-mêmes préparer leur repas. En conséquence, elles allèrent chercher une quantité de petite vases et de petites écuelles de la plus fine porcelaine du Japon, des cuillers, des couteaux, des fourchettes, des casseroles et autres ustensiles de cuisine tout en or et en argent; apportèrent les plus beaux fruits et les plus délicieuses sucreries que Marie eût jamais vus, et commencèrent à se trémousser de telle façon, que Marie vit bien que les princesses de Confiturembourg s'entendaient merveilleusement à faire la cuisine. Or, comme Marie s'entendait aussi très-bien à ces sortes de choses, elle souhaitait intérieurement de prendre une part active à ce qui se passait; alors, comme si elle eût pu deviner le voeu intérieur de Marie, la plus jolie des quatre soeurs de Casse-Noisette lui tendit un petit mortier d'or et lui
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