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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette

main gauche. Aussitôt qu'il aperçut Marie, il fléchit le genou devant elle et dit:

- C'est vous seule, ô Madame, qui m'avez animé du courage chevaleresque que je viens de déployer, et
qui avez donné à mon bras la force de combattre l'insolent qui osa vous menacer: ce misérable roi des

souris est là, baigné dans son sang. Voulez-vous, ô Madame, ne pas dédaigner les trophées de la victoire,

offerts de la main d'un chevalier qui vous sera dévou jusqu'à la mort?

Et, en disant cela, Casse-Noisette tira de son bras gauche les sept couronnes d'or du roi des souris, qu'il y
avait passées en guise de bracelets, et les offrit à Marie, qui les accepta avec joie.

Alors Casse-Noisette, encouragé par cette bienveillance, se releva et continua ainsi:

- Ah! ma chère demoiselle Silberhaus, maintenant que j'ai vaincu mon ennemi, quelles admirables choses
ne pourrais-je pas vous faire voir si vous aviez la condescendance de m'accompagner seulement pendant

quelques pas. Oh! faites-le, faites-le, ma chère demoiselle, je vous en supplie!

Marie n'hésita pas un instant à suivre Casse-Noisette, sachant combien elle avait de droits à sa
reconnaissance, et étant bien certaine qu'il ne pouvait avoir aucun mauvais dessein sur elle.

- Je vous suivrai, dit-elle, mon cher monsieur Drosselmayer; mais il ne faut pas que ce soit bien loin, ni
que le voyage dure bien longtemps, car je n'ai pas encore suffisamment dormi.

- Je choisirai donc, dit Casse-Noisette le chemin le plus court, quoiqu'il soit le plus difficile.

Et, à ces mots, il marcha devant, et Marie le suivit.

Le royaume des poupées

Tous deux arrivèrent bientôt devant une vieille et immense armoire située dans un corridor tout près de la
porte, et qui servait de garde-robe. Là, Casse-Noisette s'arrêta, et Marie remarqua, à son grand

étonnement, que les battants de l'armoire, ordinairement si bien fermés, étaient tout grands ouverts, de

façon qu'elle voyait à merveille la pelisse de voyage de son père, qui était en peau de renard, et qui se

trouvait suspendue en avant de tous les autres habits; Casse-Noisette grimpa fort adroitement le long des

lisières, et, en s'aidant des brandebourgs jusqu'à ce qu'il pût atteindre à la grande houppe qui, attachée par

une grosse ganse, retombait sur le dos de cette pelisse, Casse-Noisette en tira aussitôt un charmant

escalier de bois de cèdre, qu'il dressa de façon à ce que sa base touchât la terre et à ce que son extrémité

supérieure se perdit dans la manche de la pelisse.

- Et maintenant, ma chère demoiselle, dit Casse-Noisette, ayez la bonté de me donner la main et de
monter avec moi.

Marie obéit; et à peine eut-elle regardé par la manche, qu'une étincelante lumière brilla devant elle, et
qu'elle se trouva tout à coup transportée au milieu d'une prairie embaumée, et qui scintillait comme si elle

eût été toute parsemée de pierres précieuses.

- O mon Dieu! s'écria Marie tout éblouie, où sommes-nous donc, mon cher monsieur Drosselmayer?

- Nous sommes dans la plaine du sucre candi, Mademoiselle; mais nous ne nous y arrêterons pas, si vous
le voulez bien, et nous allons tout de suite passer par cette porte.

Alors, seulement, Marie aperçut en levant les yeux une admirable porte par laquelle on sortait de la

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