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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
Souriçonne elle-même, et le roi des souris comme madame sa mère.
- Oui, répondit la présidente; mais ton conseiller de légation, en sautant sur les tables et les cheminées, me mettra eu morceaux mes tasses et mes verres.
- Ah! ouiche! dit Fritz, il n'y a pas de danger; le conseiller de légation du boulanger est un gaillard trop adroit pour commettre de pareilles bévues, et je voudrais bien pouvoir marcher sur le bord des gouttières et sur la crête des toits avec autant d'adresse et de solidité que lui.
- Pas de chats dans la maison! pas de chats ici! s'écria la présidente, qui ne pouvait pas les souffrir.
- Mais, dit le président, attiré par le bruit, il y a quelque chose de bon à prendre dans ce qu'a dit M. Fritz: ce serait, au lieu d'un chat, d'employer des souricières.
- Pardieu! s'écria Fritz, cela tombe à merveille, puisque c'est parrain Drosselmayer qui les a inventées.
Tout le monde se mit à rire, et, comme, après perquisitions faites dans la maison, il fut reconnu qu'il n'y existait aucun instrument de ce genre, on envoya chercher une excellente souricière chez parrain Drosselmayer, laquelle fut amorcée d'un morceau de lard, et tendue à l'endroit même où les souris avaient fait un si grand dégât la nuit précédente.
Marie se coucha donc dans l'espoir que, le lendemain, le roi des souris se trouverait pris dans la boîte, où ne pouvait manquer de le conduire sa gourmandise. Mais, vers les onze heures du soir, et comme elle était dans son premier sommeil, elle fut réveillée par quelque chose de froid et de velu qui sautillait sur ses bras et sur son visage; puis, au même instant, ce piaulement et ce sifflement qu'elle connaissait si bien retentit à ses oreilles. L'affreux roi des souris était là sur son traversin, les yeux scintillant d'une flamme sanglante, et ses sept gueules ouvertes, comme s'il était prêt à dévorer la pauvre Marie.
- Je m'en moque, je m'en moque, disait le roi des souris, je n'irai pas dans la petite maison, et ton lard ne me tente pas; je ne serai pas pris: je m'en moque. Mais il faut que tu me donnes tes livres d'images et ta petite robe de soie; autrement, prends-y garde, je dévorerai ton Casse-Noisette.
On comprend qu'après une telle exigence, Marie se réveilla le lendemain l'âme pleine de douleur et les yeux pleins de larmes. Aussi sa mère ne lui apprit-elle rien de nouveau lorsqu'elle lui dit que la souricière avait été inutile, et que le roi des souris s'était douté de quelque piège. Alors, comme la présidente sortait pour veiller aux apprêts du déjeuner, Marie entra dans le salon, et, s'avançant en sanglotant vers l'armoire vitrée:
- Hélas! mon bon et cher monsieur Drosselmayer, dit-elle, o donc cela s'arrêtera-t-il? Quand j'aurai donné au roi des souris mes jolis livres d'images à déchirer, et ma belle petite robe de soie, dont l'enfant Jésus m'a fait cadeau le jour de Noël, mettre en morceaux, il ne sera pas content encore, et tous les jours m'en demandera davantage; si bien que, lorsque je n'aurai plus rien à lui donner, peut-être me dévorera-t-il à votre place. Hélas! pauvre enfant que je suis, que dois-je donc faire, mon bon et cher monsieur Drosselmayer? que dois-je donc faire? Et tout en pleurant, et tout en se lamentant ainsi, Marie s'aperçut que Casse-Noisette avait au cou une tache de sang. Du jour o Marie avait appris que son protégé était le fils du marchand de joujoux et le neveu du conseiller de médecine, elle avait cess de le porter dans ses bras, et ne l'avait plus ni caressé ni embrassé, et sa timidité à son égard était si grande, qu'elle n'avait pas même osé le toucher du bout du doigt. Mais en ce moment, voyant qu'il était blessé, et craignant que sa blessure ne fut dangereuse, elle le sortit doucement de l'armoire, et se mit à essuyer avec son mouchoir la
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