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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
Le lendemain, la présidente dit:
- En vérité, je ne sais, pas d'où viennent les souris qui ont tout à coup fait irruption chez nous; mais regarde, ma pauvre Marie, continua-t-elle en amenant la petite fille au salon, ces méchantes bêtes ont dévoré toutes les sucreries.
La présidente faisait une erreur, c'est gâté qu'elle aurait d dire; car ce gourmand de roi des souris, tout en ne trouvant pas les massepains de son goût, les avait tellement grignotés, qu'on fut obligé de les jeter.
Au reste, comme ce n'était pas non plus les bonbons que Marie préférait, elle n'eut pas un bien vif regret du sacrifice qu'avait exigé d'elle le roi des souris; et, croyant qu'il se contenterait de cette première contribution dont il l'avait frappée, elle fut fort satisfaite de penser qu'elle avait sauv Casse-Noisette à si bon marché.
Malheureusement, sa satisfaction ne fut pas longue; la nuit suivante, elle se réveilla en entendant piauler et siffloter ses oreilles.
Hélas! c'était encore le roi des souris, dont les yeux étincelaient plus horriblement que la nuit précédente, et qui, de sa même voix entremêlée de sifflements et de piaulements, lui dit:
- Il faut que ta me donnes tes poupées en sucre et en biscuit, petite fillette, ou sinon, je dévorerai ton ami Casse-Noisette.
Et, là-dessus, le roi des souris s'en alla tout en sautillant et disparut par son trou.
Le lendemain, Marie, fort affligée, s'en alla droit à l'armoire vitrée, et, arrivée là elle jeta un regard mélancolique sur ses poupées en sucre et en biscuit; et certes, sa douleur était bien naturelle, car jamais on n'avait vu plus friandes petites figures que celles que possédait la petite Marie.
- Hélas! dit-elle en se tournant vers le casse-noisette, cher monsieur Drosselmayer, que ne ferais-je pas pour vous sauver! Cependant, vous en conviendrez, ce qu'on exige de moi est bien dur.
Mais, à ces paroles, Casse-Noisette prit un air si lamentable, que Marie, qui croyait toujours voir les mâchoires du roi des souris s'ouvrir pour le dévorer, résolut de faire encore ce sacrifice pour sauver le malheureux jeune homme. Le soir même, elle mit donc les poupées de sucre et de biscuit sur le bord de l'armoire, comme la veille elle y avait mis les dragées et les massepains. Baisant cependant, en manière d'adieu, les uns après les autres, ses bergers, ses bergères et leurs moutons, cachant derrière toute la troupe un petit enfant aux joues arrondies qu'elle aimait particulièrement.
- Ah! c'est trop fort! s'écria le lendemain la présidente; il faut décidément que d'affreuses souris aient établi leur domicile dans l'armoire vitrée, car toutes les poupées de là pauvre Marie sont dévorées,
A cette nouvelle, de grosses larmes sortirent des yeux de Marie; mais presque aussitôt elles se séchèrent, firent place à un doux sourire, car intérieurement elle se disait:
- Qu'importent bergers, bergères et moutons, puisque Casse-Noisette est sauvé!
- Mais, dit Fritz, qui avait assisté d'un air réfléchi à toute la conversation, je te rappellerai, petite maman, que le boulanger a un excellent conseiller de légation gris, que l'on pourrait envoyer chercher, et qui mettra bientôt fin à tout ceci en croquant les souris les unes après les autres, et, après les souris, dame
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