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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
cour.
Aussi, en voyant entrer le charmant petit jeune homme, ce que la princesse avait eu l'imprudence de dire tout haut, chacune des assistantes se le dit tout bas, et il n'y eut pas une seule personne, pas même le roi et la reine, qui ne désirât dans le fond de l'âme que Nathaniel sortit vainqueur de l'entreprise dans laquelle il était engagé.
De son côté, le jeune Drosselmayer s'approcha avec une confiance qui redoubla l'espoir qu'on avait en lui. Arrivé devant l'estrade royale, il salua le roi et la reine, puis la princesse Pirlipate, puis les assistante; après quoi, il reçut du grand maître des cérémonies la noisette Krakatuk, la prit délicatement entre l'index et le pouce, comme fait un escamoteur d'une muscade, l'introduisit dans sa bouche, donna un violent coup de poing sur la tresse de bois, et CRIC! CRAC! brisa la coquille en plusieurs morceaux.
Puis, aussitôt, il débarrassa adroitement l'amande des filaments qui y étaient attachés, et la présenta à la princesse, en lui tirant un gratte-pied aussi élégant que respectueux, après quoi il ferma les yeux et commença à marcher à reculons. Aussitôt la princesse avala l'amande, et, à l'instant même, ô miracle! le monstre difforme disparut, et fut remplacé par une jeune fille d'une angélique beauté. Son visage semblait tissu de flocons de soie roses comme les roses et blancs comme les lis; ses yeux étaient d'étincelant azur, et ses boucles abondantes formées par des fils d'or retombaient sur ses épaules d'albâtre. Aussitôt les trompettes et les cymbales sonnèrent à tout rompre. Les cris de joie du peuple répondirent au bruit des instruments. Le roi, les ministres, les conseillers et les juges, comme lors de la naissance de Pirlipate, se mirent à danser à cloche-pied, et il fallut jeter de l'eau de Cologne au visage de la reine, qui s'était évanouie de ravissement.
Ce grand tumulte troubla fort le jeune Nathaniel Drosselmayer, qui, on se le rappelle, avait encore, pour achever sa mission, faire les sept pas en arrière; pourtant il se maîtrisa avec une puissance qui donna les plus hautes espérances pour l'époque o il régnerait à son tour, et il allongeait précisément la jambe pour achever son septième pas, quand, tout à coup, la reine des souris perça le plancher, piaulant affreusement, et vint s'élancer entre ses jambes; de sorte qu'au moment où le futur prince royal reposait le pied à terre, il lui appuya le talon en plein sur le corps, ce qui le fit trébucher de telle façon, que peu s'en fallut qu'il ne tombât.
O fatalité! Au même instant, le beau jeune homme devin aussi difforme que l'avait été avant lui la princesse: ses jambes s'amincirent, son corps ratatiné pouvait à peine soutenir son énorme et hideuse tête, ses yeux, devinrent verts, hagards et fleur de tête; enfin sa bouche se fendit jusqu'aux oreilles, et sa jolie petite barbe naissante se changea en une substance blanche et molle, que plus tard on reconnut être du coton.
Mais la cause de cet événement en avait été punie en même temps qu'elle le causait. Dame Souriçonne se tordait sanglante sur le plancher: sa méchanceté n'était donc pas restée impunie. En effet, le jeune Drosselmayer l'avait pressée si violemment contre le plancher avec le talon de sa botte, que la compression avait été mortelle. Aussi, tout en se tordant, dame Souriçonne criait de toute la force de sa voix agonisante:
Krakatuk! Krakatuk! ô noisette si dure, C'est à toi que je dois le trépas que j'endure. Hi... hi... hi... hi... Mais l'avenir me garde une revanche prête:
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