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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
mettre, une récompense plus belle que celle qu'il en était venu à offrir. Seulement, confiants dans le succès, quoique, cette fois, une foule de princes aux mâchoires royales ou impériales se fussent présentés, ils ne se présentèrent au bureau des inscriptions (on est libre de confondre avec celui des inscriptions et belles-lettres), qu'au moment où il allait se fermer, de sorte que le nom de Nathaniel Drosselmayer se trouva porté sur la liste le 11,375e et dernier.
Il en fut de cette fois-ci comme des autres, les 11,374 concurrents de Nathaniel Drosselmayer furent mis hors de combat, et le dix-neuvième jour de l'épreuve, à onze heures trente-cinq minutes du matin, comme la princesse accomplissait sa quinzième année, le nom de Nathaniel Drosselmayer fut appelé.
Le jeune homme se présenta accompagné de ses parrains, c'est-à-dire du mécanicien et de l'astrologue.
C'était la première fois que ces deux illustres personnages revoyaient la princesse depuis qu'ils avaient quitté son berceau, et, depuis ce temps, il s'était fait de grands changements en elle; mais, il faut le dire avec notre franchise d'historien, ce n'était point à son avantage: lorsqu'ils la quittèrent, elle n'était qu'affreuse; depuis ce temps, elle était devenue effroyable.
En effet, son corps avait fort grandi, mais sans prendre aucune importance. Aussi ne pouvait-on comprendre comment ces jambes grêles, ces hanches sans force, ce torse tout ratatiné, pouvaient soutenir la monstrueuse tête qu'ils supportaient. Cette tête se composait des mêmes cheveux hérissés, des mêmes yeux verts, de la même bouche immense, du même menton cotonneux que nous avons dit; seulement, tout cela avait pris quinze ans de plus.
En apercevant ce monstre de laideur, le pauvre Nathaniel frissonna et demanda au mécanicien et à l'astrologue s'ils étaient bien sûrs que l'amande de la noisette Krakatuk dût rendre la beauté à la princesse, attendu que, si elle demeurait dans l'état où elle se trouvait, il était disposé à tenter l'épreuve, pour la gloire de réussir où tant d'autres avaient échoué, mais laisser l'honneur du mariage et le profit de la succession au trône à qui voudrait bien les accepter. Il va sans dire que le mécanicien et l'astrologue rassurèrent leur filleul, lui affirmant que, la noisette une fois cassée, et l'amande une fois mangée, Pirlipate redeviendrait à l'instant même la plus belle princesse de la terre.
Mais, si la vue de la princesse Pirlipate avait glacé d'effroi le coeur du pauvre Nathaniel, il faut le dire en l'honneur du pauvre garçon, sa présence à lui avait produit un effet tout contraire sur le coeur sensible de l'héritière de la couronne, et elle n'avait pu s'empêcher de s'écrier en le voyant:
- Oh! que je voudrais bien que ce fût celui-ci qui cassât la noisette.
Ce à quoi la surintendante de l'éducation de la princesse répondit:
- Je crois devoir faire observer à Votre Altesse qu'il n'est point d'habitude qu'une jeune et jolie princesse comme vous êtes dise tout haut son opinion en ces sortes de matières.
En effet, Nathaniel était fait pour tourner la tête à toutes les princesses de la terre. Il avait une petite polonaise de velours violet à brandebourgs et à boutons d'or, que son oncle lui avait fait faire pour cette occasion solennelle, une culotte pareille, de charmantes petites bottes, si bien vernies et si bien collantes, qu'on les aurait crues peintes. Il n'y avait que cette malheureuse queue de bois vissée à sa nuque, qui gâtait un peu cet ensemble; mais, en lui mettant des rallonges, l'oncle Drosselmayer lui avait donné la forme d'un petit manteau, et cela pouvait, à la rigueur, passer pour un caprice de toilette, ou pour quelque mode nouvelle que le tailleur de Nathaniel tâchait, vu la circonstance, d'introduire tout doucement à la
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