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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette

frère fit deux fois hum! hum! et trois fois oh! oh! oh! qu'il lui demanda ce que signifiaient ces
exclamations.

- Cela signifie, dit Zacharias, que ce serait bien le diable... Mais non... Mais si...

- Que ce serait bien le diable?... répéta le mécanicien.

- Si... continua le marchand de jouets d'enfant.

- Si... Quoi? demanda de nouveau maître Drosselmayer.

Mais, au lieu de lui répondre, Christophe-Zacharias, qui, sans doute, pendant toutes ces demandes et ces
réponses entrecoupées, avait rappelé ses souvenirs, jeta sa perruque en l'air et se mit à danser en criant:

- Frère, tu es sauvé! Frère, tu n'iras pas en prison! Frère, ou je me trompe fort, ou c'est moi qui possède la
noisette Krakatuk.

Et, sur ce, sans donner aucune autre explication à son frère ébahi, Christophe-Zacharias s'élança hors de
l'appartement, et revint un instant après, rapportant une boîte dans laquelle était une grosse aveline dorée

qu'il présenta au mécanicien.

Celui-ci, qui n'osait croire à tant de bonheur, prit en hésitant la noisette, la tourna et la retourna de toute
façon, l'examinant avec l'attention que méritait la chose, et, après l'examen, déclara qu'il se rangeait à

l'avis de son frère, et qu'il serait fort étonné si cette aveline n'était pas la noisette Krakatuk; sur quoi, il la

passa à l'astrologue, et lui demanda son opinion.

Celui-ci examina la noisette avec non moins d'attention que ne l'avait fait maître Drosselmayer, et,
secouant la tête, il répondit:

- Je serais de votre avis et, par conséquent, de celui de votre frère, si la noisette n'était pas dorée; mais je
n'ai vu nulle part dans les astres que le fruit que nous cherchons dût être revêtu de cet ornement.

D'ailleurs, comment votre frère aurait-il la noisette Krakatuk?

- Je vais vous expliquer la chose, dit Christophe, et comment elle est tombée entre mes mains, et
comment il se fait qu'elle ait cette dorure qui vous empêche de la reconnaître, et qui effectivement ne lui

est pas naturelle.

Alors, les ayant fait asseoir tous deux, car il pensait fort judicieusement qu'après une course de quatorze
ans et neuf mois, les voyageurs devaient être fatigués, il commença en ces termes:

- Le jour même où le roi t'envoya chercher, sous prétexte de te donner la croix, un étranger arriva à
Nuremberg, portant un sac de noisettes qu'il avait à vendre; mais les marchands de noisettes du pays, qui

voulaient conserver le monopole de cette denrée, lui cherchèrent querelle, justement devant la porte de ta

boutique. L'étranger alors, pour se défendre plus facilement, posa à terre son sac de noisettes, et la

bataille allait son train, à la grande satisfaction des gamins et des commissionnaires, lorsqu'un chariot

pesamment chargé passa justement sur le sac de noisettes. En voyant cet accident, qu'ils attribuèrent à la

justice du ciel, les marchands se regardèrent comme suffisamment vengés, et laissèrent l'étranger

tranquille. Celui-ci ramassa son sac, et, effectivement, toutes les noisettes étaient écrasées, à l'exception

d'une seule, qu'il me présenta en souriant d'une façon singulière, et m'invitant l'acheter pour un zwanziger

neuf de 1720, disant qu'un jour viendrait où je ne serais pas fâché du marché que j'aurais fait, si onéreux

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