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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
respectueusement et alla chercher le mécanicien et l'astrologue.
Le roi était toujours le même, et ils le reconnurent tout d'abord; mais ils étaient si changés, surtout le pauvre Christian-Élias Drosselmayer, qu'il furent obligés de se nommer.
En voyant revenir d'eux-mêmes les deux voyageurs, le roi éprouva un mouvement de joie; car il était convenu qu'ils ne reviendraient pas s'ils n'avaient pas trouvé la noisette Krakatuk; mais il fut bientôt détrompé, et le mécanicien, en se jetant à ses pieds, lui avoua que, malgré les recherches les plus consciencieuses et les plus assidues, son ami l'astrologue et lui revenaient les mains vides.
Le roi, nous l'avons dit, quoique d'un tempérament un peu colérique, avait le fond du caractère excellent; il fut touché de cette ponctualité de Christian-Élias Drosselmayer à tenir sa parole, et il commua la peine de mort qu'il avait portée contre lui en celle d'une prison éternelle. Quant à l'astrologue, il se contenta de l'exiler.
Mais, comme il restait encore trois jours pour que les quatorze ans et neuf mois de délai accordés par le roi fussent écoulés, maître Drosselmayer, qui avait au plus haut degré dans le coeur l'amour de la patrie, demanda au roi la permission de profiter de ces trois jours pour revoir une fois encore Nuremberg.
Cette demande parut si juste au roi, qu'il la lui accorda sans y mettre aucune restriction.
Maître Drosselmayer, qui n'avait que trois jours à lui, résolut de mettre le temps à profit, et, ayant trouvé par bonheur des places à la malle-poste, il partit à l'instant même.
Or, comme l'astrologue était exilé, et qu'il lui était aussi égal d'aller à Nuremberg qu'ailleurs, il partit avec le mécanicien.
Le lendemain, vers les dix heures du matin, ils étaient Nuremberg. Comme il ne restait à maître Drosselmayer d'autre parent que Christophe-Zacharias Drosselmayer, son frère, lequel était un des premiers marchands de jouets d'enfant de Nuremberg, ce fut chez lui qu'il descendit.
Christophe-Zacharias Drosselmayer eut une grande joie de revoir ce pauvre Christian qu'il croyait mort. D'abord, il n'avait pas voulu le reconnaître, à cause de son front chauve et de son emplâtre sur l'oeil; mais le mécanicien lui montra sa fameuse redingote jaune, qui, toute déchirée qu'elle était, avait encore conservé en certains endroits quelque trace de sa couleur primitive, et, à l'appui de cette première preuve, il lui cita tant de circonstances secrètes, qui ne pouvaient être connues que de Zacharias et de lui, que le marchand de joujoux fut bien forc de se rendre à l'évidence.
Alors, il lui demanda quelle cause l'avait éloigné si longtemps de sa ville natale, et dans quel pays il avait laissé ses cheveux, son oeil, et les morceaux qui manquaient à sa redingote.
Christian-Élias Drosselmayer n'avait aucun motif de faire un secret à son frère des événements qui lui étaient arrivés. Il commença donc par lui présenter son compagnon d'infortune; puis, cette formalité d'usage accomplie, il lui raconta tous ses malheurs, depuis A jusqu'à Z, et termina en disant qu'il n'avait que quelques heures à passer avec son frère, attendu que, n'ayant pas pu trouver la noisette Krakatuk, il allait entrer le lendemain dans une prison éternelle.
Pendant tout ce récit de son frère, Christophe-Zacharias avait plus d'une fois secoué les doigts, tourné sur un pied et fait claquer sa langue. Dans toute autre circonstance, le mécanicien lui eût sans doute demandé ce que signifiaient ces signes; mais il était si préoccupé, qu'il ne vit rien, et que ce ne fut que lorsque son
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